Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

La nuit a faim. Les flocons sont carnivores.

Les premiers mots

La neige règne sans partage. Elle domine le paysage, elle écrase les montagnes. Les arbres s’inclinent, ploient vers le sol, courbent l’échine. Il n’y a que les grandes épinettes qui refusent de plier. Elles encaissent, droites et noires. Elles marquent la fin du village, le début de la forêt.

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Déterrer les os– Fanie Demeule

Sentir que mon corps, une fois étendu sous la marée montante, n’est qu’à un fil de se dissoudre, de se diffuser en écume sur la crête des vagues.

Les premiers mots

Je t’ai déjà dit que je suis arrivée légèrement d’avance. Je pèse quatre livres. Je bronze sous l’incubateur pendant un bon moment, intubée comme un petit poulet qu’il faut vite engraisser.

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Nirliit– Juliana Léveillé-Trudel

Vas-y, frappe, c’est rien à côté de ce que j’ai enduré.

Les premiers mots

La route est longue jusqu’à chez toi, Eva. Salluit, 62e parallèle, bien au-delà de la limite des arbres, Salluit roulé en boule au pied des montagnes, Salluit le fjord au creux des reins, et, seize kilomètres plus loin seulement, le grand détroit d’Hudson qui te conduira peut-être jusqu’à l’océan Arctique, qui sait.

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De bois debout – Jean-François Caron

À quinze ans déjà, quoi qu’en eût dit le père, j’aimais ce que faisaient les livres aux gens.

Les premiers mots

La mort du père

Je l’ai vu mourir. Je viens de voir mourir le père, que je me répète en courant. Branches qui fouettent, autres qui craquent sous mon pas, je fais du bruit, me fais du mal, ne peux pas m’en empêcher, ne peux pas m’en empêcher de courir dans le bois: je viens de voir mourir le père.
Mon père.

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Manikanetish– Naomi Fontaine

Très loin d’être naïfs, ces jeunes avaient conscience de la vie et de la mort, de la souffrance et des moments heureux. Où prenaient-ils toute cette force?

Les premiers mots

Revenir est la fatalité. Dans ce tout petit village, cette nature épineuse, sablonneuse, imaginée de toutes pièces depuis mon enfance, immuables souvenirs.
Dans ma rue, au bord de la baie, je me fondais dans la masse.
Moi la petite fille tranquille. Je pleurais si peu bébé, que ma mère bousculait mon sommeil s’assurant de mon souffle. Je pleurais si peu enfant, que ma mère m’avait oubliée sur les marches de l’escalier. Plus tard, l’étrange justice de la vie a rattrapé chacune de mes larmes.

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