L’événement – Annie Ernaux

Il y eut une douleur atroce. Elle disait : « arrêtez de crier, mon petit » et « il faut bien que je fasse mon travail.

Les premiers mots

Je suis descendue à Barbès. Comme la dernière fois, des hommes attendaient, groupés au pied du métro aérien. Les gens avançaient sur le trottoir avec des sacs roses de chez Tati. J’ai pris le boulevard de Magenta, reconnu le magasin Billy, avec des anoraks suspendus au-dehors.

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Raisons obscures – Amélie Antoine

Je voudrais être quelqu’un d’autre, n’importe qui; n’importe qui, mais pas moi.

Les premiers mots

Juin 2017
La sonnerie de son téléphone retentit, et il lui faut quelques longues secondes pour parvenir à mettre la main dessus et à l’extirper des profondeurs de son sac à main. C’est essoufflée qu’elle décroche:
– Allo?

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Au bord de la Sandá – Gyrðir Elíasson

La quiétude est une notion composite: elle peut être triste, redoutable, agréable, sublime, solitaire.

Les premiers mots

Ce jour-là, il faisait sombre et quelques gouttes de pluie tombaient du ciel à la dérive quand je me suis engagé dans la vallée, là où la forêt s’étale en haut des pentes. J’avais un petit sac à dos et j’ai marché d’un bon pas le long de la rivière limpide, par un sentier étroit entre les troncs des mélèzes aux effluves balsamiques aigrelets.

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I am, I am, I am – Maggie O’Farrell 

I took a deep breath and listened to the old brag of my heart. I am, I am, I am.
(Sylvia Plath, The Bell Jar)

Les premiers mots

Sur le chemin devant moi, caché derrière un rocher, un homme apparait.
Nous nous trouvons, lui et moi, sur la rive la plus reculée d’un lac noir et solitaire niché au sommet de cette montagne. Le ciel est d’un bleu laiteux ; plus rien ne pousse à cette altitude, il n’y a que nous, les pierres et l’eau noire immobile. Il enjambe le sentier, retombe sur ses chaussures de randonnée et sourit.

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Jeu blanc – Richard Wagamese

C’est ainsi que je grandis dans la crainte de l’homme blanc. Il s’avéra que j’avais raison.

Les premiers mots

Je m’appelle Saul Indian Horse. Je suis le fils de Mary Mandamin et de John Indian Horse. Mon grand-père s’appelait Solomon et mon prénom est le diminutif du sien. Ma famille est issue du Clan des Poissons des Ojibwés du Nord, les Anishinabés, c’est ainsi que nous nous désignons.

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