Une histoire des loups– Emily Fridlund

N’avait-elle pas toujours besoin que quelqu’un l’observe et l’approuve? 
Et n’étais-je pas celle qui s’y prenait le mieux?

 

Les premiers mots

Ce n’est pas que je ne pense jamais à Paul. Il vient à moi de temps à autre avant que je sois complètement réveillée, mais je ne me souviens presque jamais de ce qu’il a dit, de ce que je lui ai fait ou pas. Dans mon esprit, le gamin s’affale simplement sur mes genoux. Boum. C’est comme ça que je sais que c’est lui: il n’a aucun égard pour moi, aucune hésitation. 

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Les attachants– Rachel Corenblit

Elle insistait, il détournait la tête.
C’était un signal d’alerte.
Le dernier. Le plus grave Celui qu’elle n’aurait pas dû laisser passer.

Les premiers mots

Le gamin se tenait devant la porte, qu’elle avait laissée entrebâillée. 
Emma. Elle s’appelle Emma. Elle trouve son prénom trop simple. Elle aurait adoré se nommer Iphigénie ou Cassandre. Un prénom qui résonne, qui a une histoire. Elisabteh, ou même Athéna. On ne prononce pas Athéna de façon anodine. Les références collées au nom que l’on porte, c’est comme si on avait déjà vécu une vie.

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Oh, boy!– Marie-Aude Murail

Merci d’être entré dans ma vie sans crier gare. Merci d’en avoir changer le cours et de m’avoir changé. 

Les premiers mots

Chapitre premier  – Où les Morlevent découvrent qu’ils sont des enfants sans parents.


Le 12 de la rue Mercoeur à Paris abritait la famille Morlevent depuis deux ans. Trois enfants et deux adultes, la première année. Trois enfants et un adulte, la seconde année. Et ce matin-là, trois enfants seulement, Siméon, Morgane et Venise, quatorze, huit et cinq ans.
– On va faire un jurement, proposa Morgane. On jure que personne peut nous séparer. Hein, Siméon?

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City On Fire– Garth Risk Hallberg

Mais c’était là ce que cette ville, à la différence des romans, dispensait:  non pas ce dont on avait besoin pour vivre, mais ce qui avant tout, donnait une valeur à la vie.

Les premiers mots

Un sapin de Noël remontait la 11e Avenue. Il s’escrimait plutôt; emmêlé dans un chariot de supermarché abandonné au carrefour, il tremblait, se hérissait, tanguait, menaçant de s’embraser. Telle était du moins l’impression de Mercer Goodman qui s’efforçait d’extraire la cime de l’entrelacs métallique cabossé. Ces jours-ci tout semblait menaçant.

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Au revoir là-haut– Des mots aux bulles

Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants.

 

Les premiers mots

Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu’à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles quelles s’écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.

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Entre ciel et terre– Jón Kalman Stefánsson

En cas de choix entre la vie et la mort, la plupart des gens optent pour la vie.

Les premiers mots

C’était en ces années où, probablement, nous étions encore vivants. Mois de mars, un monde blanc de neige, toutefois pas entièrement. Ici la blancheur n’est jamais absolue, peu importe combien de flocons se déversent, que le froid et le gel collent le ciel à la mer et que le frimas s’infiltre au plus profond du cœur où les rêves élisent domicile, jamais le blanc ne remporte la victoire.

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Les Fragiles– Cécile Roumiguière

Elle se force à être gaie, ce qui est certainement la plus profonde façon d’être triste.

Les premiers mots

Drew.
Drew Castan, dix-sept ans, toutes mes dents. Drew, Drew Castan… Arrête Drew! La tempête, les images. Faut les bloquer. Des bulles acides. Les crever. Je voudrais vomir.
J’ai envie de vomir depuis l’âge de neuf ans, depuis ce jour où mon père a lancé ce « sale nègre » par la vitre de la camionnette. Pas son premier « sale nègre », mais ce jour-là, le nègre c’était Ernest, le gardien du stade. Ernest qui m’encourageait tous les mercredis depuis deux ans chaque fois que je flanchais. Ce mercredi-là, il a traversé en dehors des clous, il aurait pas dû.

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