L’imparfaite amitié – Mylène Bouchard

J’aimerais pouvoir dire les choses sans avoir à passer par quatre chemins. Le dire, c’est la parole agissante, la parole sort de la tête. J’aime dire, je n’aime pas parler.

Les premiers mots

Il faut aimer très fort.
Ne pas se contenter d’aimer ou d’aimer bien. On peut parler de degrés d’amour. Faire en sorte que le feu prenne sérieusement. Très fort.

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Homo Sapienne – Niviaq Korneliussen

La lumière n’éclaire pas quand on est dans l’obscurité.

Les premiers mots

1. Mes études terminées et nos revenus assurés, nous achèterons une maison avec beaucoup de pièces et un balcon.
2. Nous nous marierons.
3. Nous ferons trois-quatre enfants.
4. Tous les jours, nous irons faire nos courses après le travail et nous rentrerons à la maison en voiture.
5. Nous vieillirons et nous mourrons.
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Né d’aucune femme – Franck Bouysse

La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient.

Les premiers mots

L’homme
Il se trouvait quelque part plus loin que les aiguilles de ma montre.
Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion.

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Nirliit– Juliana Léveillé-Trudel

Vas-y, frappe, c’est rien à côté de ce que j’ai enduré.

Les premiers mots

La route est longue jusqu’à chez toi, Eva. Salluit, 62e parallèle, bien au-delà de la limite des arbres, Salluit roulé en boule au pied des montagnes, Salluit le fjord au creux des reins, et, seize kilomètres plus loin seulement, le grand détroit d’Hudson qui te conduira peut-être jusqu’à l’océan Arctique, qui sait.

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De bois debout – Jean-François Caron

À quinze ans déjà, quoi qu’en eût dit le père, j’aimais ce que faisaient les livres aux gens.

Les premiers mots

La mort du père

Je l’ai vu mourir. Je viens de voir mourir le père, que je me répète en courant. Branches qui fouettent, autres qui craquent sous mon pas, je fais du bruit, me fais du mal, ne peux pas m’en empêcher, ne peux pas m’en empêcher de courir dans le bois: je viens de voir mourir le père.
Mon père.

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Ásta – Jón Kalman Stefánsson

Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde?

Les premiers mots

Commençons par le commencement :
nous sommes dans Vesturbær, le quartier Ouest de Reykjavík,
au début des années cinquante du siècle dernier,
je vous expose l’origine du prénom d’Ásta.
Puis je ne maîtrise plus rien.

Helga et Sigvaldi, les parents d’Ásta, ont choisi son prénom avant sa naissance, persuadés qu’ils auraient une fille, ils l’ont trouvé dans Gens indépendants, un livre de Halldór Laxness, paru en 1934-1935. Ils ont lu ce roman pendant qu’Ásta grandissait et se développait dans le ventre de sa mère, et la fin les a fait pleurer.

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Mon désir le plus ardent– Pete Fromm

On va commencer le décompte de nos vies tout de suite. On a des décennies devant nous, Mad. Toi et moi, côte à côte, front contre front. Peau contre peau. Une vie entière.

Les premiers mots

Les coups d’oeil. Les regards ébahis. Les oeillades furtives. Ils plongent Dalt dans une fureur biblique. À deux doigts du châtiment divin. Du calme mon grand, ce n’est pas pour moi. Une vieille chouette en fauteuil roulant, les bras secoué de spasmes? Ils en ont vu d’autres. Allons, allons. Ce qui fait tourner les têtes, ce qui décroche les mâchoires, c’est Dalt en train de pousser le fauteuil. Dalt, l’inspiration originelle du David de Michel-Ange, maqué avec cette harpie?

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