L’événement – Annie Ernaux

Il y eut une douleur atroce. Elle disait : « arrêtez de crier, mon petit » et « il faut bien que je fasse mon travail.

Les premiers mots

Je suis descendue à Barbès. Comme la dernière fois, des hommes attendaient, groupés au pied du métro aérien. Les gens avançaient sur le trottoir avec des sacs roses de chez Tati. J’ai pris le boulevard de Magenta, reconnu le magasin Billy, avec des anoraks suspendus au-dehors.

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Raisons obscures – Amélie Antoine

Je voudrais être quelqu’un d’autre, n’importe qui; n’importe qui, mais pas moi.

Les premiers mots

Juin 2017
La sonnerie de son téléphone retentit, et il lui faut quelques longues secondes pour parvenir à mettre la main dessus et à l’extirper des profondeurs de son sac à main. C’est essoufflée qu’elle décroche:
– Allo?

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Lambeaux – Charles Juliet

Tu as la vague idée qu’en l’écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu’elles ont toujours tu.

Les premiers mots

Tes yeux immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumière. Dans l’âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l’épaule contre le manteau de la cheminée.

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Tous les héros s’appellent Phénix – Nastasia Rugani

Ne rien dire pour ne pas que cela devienne réel.

Les premiers mots

La nuit est tombée si vite que je n’ai pas eu le temps de trouver les fissures sur le pneu du vélo de ma soeur. N’ayant ni lampe torche ni rustine, nous allons devoir poursuivre la route à pied jusqu’à la maison, qui se situe à près d’une heure et demie de l’orée du bois sombre où nous nous trouvons.

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Né d’aucune femme – Franck Bouysse

La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient.

Les premiers mots

L’homme
Il se trouvait quelque part plus loin que les aiguilles de ma montre.
Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion.

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Kill the indian in the child – Elise Fontenaille

Me raser la tête, c’était un peu me tuer.
Tuer l’Ojibwé en moi.

Les premiers mots

L’été que j’ai passé avec mon père dans la forêt, au bord de l’eau, entre lac et rivière, avant d’aller au pensionnat, fut le plus bel été de ma vie.
Quand la souffrance me submerge, il me suffit d’y penser, d’évoquer ces jours et ces nuits paisibles passés avec lui dans les bois, et aussitôt un sentiment de bonheur m’envahit.
Mais cela ne dure jamais longtemps.

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