Pourquoi pas la vie – Coline Pierré 

Ce matin, Sylvia envisage à nouveau la vie. Ou plutôt : elle envisage cette journée. Une journée, c’est déjà bien.

Les premiers mots

L’hiver n’a jamais été la saison de Sylvia. Le froid s’engouffre sous sa peau comme il s’il la constellait d’aiguilles, il engourdi des membres et ses pensées. Sylvia est une fille de l’été. Une fille du bord de mer et de l’océan Atlantique, qui ne s’épanouit vraiment que lorsqu’elle peut rêver aux possibles qui se cachent à l’horizon. Mais elle n’en a plus, d’horizon.

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Mémoires d’Hadrien – Marguerite Yourcenar 

Je voulais le pouvoir. Je le voulais pour imposer mes plans, essayer mes remèdes, restaurer la paix. Je le voulais surtout pour être moi-même avant de mourir.

Les premiers mots

Mon cher Marc,
Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui vient de rentrer à la Villa après un assez long voyage en Asie. L’examen devait se faire à jeun : nous avions pris rendez-vous pour les premières heures de la matinée. Je me suis couché sur un lit après m’être dépouillé de mon manteau et de ma tunique. Je t’épargne des détails qui te seraient aussi désagréables qu’à moi-même, et la description du corps d’un homme qui avance en âge et s’apprête à mourir d’une hydropisie du cœur.

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Les liaisons dangereuses – Choderlos de Laclos 

Vos ordres sont charmants ; votre façon de les donner est plus aimable encore ; vous feriez chérir le despotisme.

Les premiers mots

Lettre première – Cécile Volanges à Sophie Carnay

Tu vois, ma bonne amie, que je tiens parole, et que les bonnets et les pompons ne prennent pas tout mon temps; il m’en restera toujours pour toi. J’ai pourtant vu plus de parures dans cette seule journée que dans les quatre ans que nous avons passés ensemble; et je crois que la superbe Tanville aura plus de chagrin à ma première visite, où je compte bien la demander, qu’elle n’a cru nous en faire toutes les fois qu’elle est venue nous voir in fiocchi.

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Voyage au bout de la nuit – Louis-Ferdinand Céline 

Autant pas se faire d’illusions, les gens n’ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c’est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous.

Les premiers mots

Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait parler. Arthur, un étudiant carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C’était après le déjeuner. Il veut me parler.

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