Rodéo – Aïko Solovkine

Être chasseur ou gibier. Tout est affaire de choix et d’opportunité. Eux ont tranché et de cet avantage, découle leur position.

Les premiers mots

Petit bâtard. On avait pensé à tout mais pas à ça, ce ça banal et minable, à savoir que tu étais mort. On avait imaginé des choses grandioses, des plans machiavéliques, une intelligence hors-norme, une fuite à l’étranger, l’implication de gens du voyage, toujours à l’affût, toujours en mouvement, loin à l’heure qu’il est et qu’on ne rattrapera jamais. Un gars malin, retors, diabolique, qu’on voulait mort alors que tu l’étais déjà.

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Ogresse – Aylin Manço

Parfois il vous arrive des trucs monstrueux, et c’est pas votre faute. Parfois c’est la faute de personne.

Les premiers mots

Hier soir, Maman m’a fait manger du cœur. C’était du cœur de bœuf. Le cœur est notre muscle le plus puissant, et ça sent quand on en mange; la viande résistait sous mon couteau à steak, il fallait la scier pour trancher les fibres. Elles cédaient comme des câbles tendus, l’une après l’autre.

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La vie sauvage – Thomas Gunzig

En fait, parfois il vaut mieux ne pas se souvenir, ne pas parler et ne pas essayer de comprendre.

Les premiers mots

J’aurais pu commencer cette histoire en racontant comment on m’avait cru disparu et mort et comment c’était faux. J’aurais pu commencer en racontant comment mon père et ma mère, eux, étaient bel et bien disparus et morts, dans cet ordre ou dans l’autre. Ça aurait certainement fait un bon début d’histoires, mais comme ce n’est pas le plus important, je raconterai tout ça plus tard. Lire la suite

Les bâtisseurs du vent – Aly Deminne

Les plus grands voleurs du monde sont les mieux lotis. La plupart d’entre eux ne se contentent plus de ne voler que le solide. Ils volent aussi l’impalpable : la dignité, la gentillesse, la charité. Ils volent la justice aussi.

Les premiers mots

Le père de Maksim Vladimirovitch Voronov, Vladimir Ilitch, avait une curieuse mais douce réflexion sur la richesse; réflexion qu’il aimait lâcher dans le petit logis des Voronov, rue Munovskaya de Voronej: « Pauvre est le riche qui considère toujours son tout comme pas assez. Riche est le pauvre qui parvient toujours à faire du peu qu’il a son suffisant. De fait, il vaut mille fois mieux être un pauvre riche qu’un riche pauvre. »

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Il ne portait pas de chandail – Annick Walachniewicz 

Tobiasz pleure à l’envers. Remplit ses poches à chagrin bien profond dans le corps.

Les premiers mots

Le soleil d’automne goutte dans la rue poussiéreuse. le couple se tient devant une porte couleur olive. Elle, petite et ronde, s’appelle Dora. Son compagnon, Hans, a des allures d’échalas mou, le dos courbé vers sa femme qui fait la moitié de sa taille. Ils sonnent. Je les fais entrer. Ma maison semble froide, inhospitalière. Assise sur le canapé, Dora sirote un café noir.
– De qui te sentais-tu le plus proche, ton père ou ta mère?

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