À la découverte de Julia Kerninon

Je pensais à la solidité de la poésie et à la vie qui doit continuer même si on a oublié pourquoi.

Les premiers mots de Buvard

J’ai rencontré Caroline N. Spacek cet été torride, il y a un an. Après avoir lu tous ses livres d’une traite, j’avais fini par lui envoyer une lettre via sa maison d’édition lui demandant si elle accepterait de m’accorder une interview. L’interview s’est avérée tellement longue que ce livre en a découlé – puisque je suis arrivé chez elle un après-midi de juillet et reparti seulement en septembre, au terme de neuf semaines passées avec elle sous sa véranda à boire et à parler et boire et parler et remettre inlassablement des piles dans le dictaphone.

Lire la suite

Petit Pays – Gaël Faye

Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur.

img_20161127_093751

Les premiers mots

Prologue

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé. Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.
– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.
– Comme Donatien? j’avais demandé.
– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil.

Lire la suite

J’ai toujours ton coeur avec moi – Soffía Bjarnadóttir 

La femme qui m’avait élevée, seule et à son étrange manière, n’était plus. Elle était pourtant là, quelque part, à l’arrière-plan, comme les montagnes et l’océan.

img_20161029_213421

Les premiers mots

Lorsque Siggy est morte, j’ai eu envie de réclamer ses yeux à l’entrepreneur des pompes funèbres. Je me demandais si l’on pouvait hériter d’une paire d’yeux. S’il était courant que les proches du défunt réclament leurs organes favoris. J’imagine ses pupilles qui me fixent effrontément depuis l’au-delà. Je n’ai toutefois jamais formulé cette requête et, avant que j’aie eu le temps de dire ouf, Siggy était redevenue poussière. Ses yeux, des étoiles dans un ciel de ténèbres. 

Et si la mort d’une mère pouvait signer une seconde naissance?  Lire la suite

Yaak Valley, Montana – Smith Henderson

Misère de vieillesse. Et misère d’avoir déjà autant foiré sa vie à trente et un ans.

img_20161004_192909

Les premiers mots

Le flic jeta sa cigarette sur la route de terre caillouteuse devant la maison et remit son chapeau d’aplomb en voyant arriver la bagnole poussiéreuse de l’assistante sociale. Derrière la vitre sale, il aperçut de longues mèches blondes et rentra le ventre au cas où la fille au volant ne serait pas trop mal. Autant dire qu’il ne s’attendait pas à voir sortir un type, la trentaine, en train d’enfiler un blouson en jean pour se protéger du petit vent glacé venu des montagnes et qui replongeait à l’intérieur de sa voiture pour récupérer sa paperasse.

Lire la suite

Dans le jardin de l’Ogre – Leila Slimani

À l’instant même où il l’a embrassée, elle a su qu’elle s’était trompée. Il ne saurait pas la remplir. Elle aurait dû s’enfuir.

img_20160922_195507

Les premiers mots

Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Elysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt. 
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite et interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud.

Lire la suite

La maladroite – Alexandre Seurat

Je voudrais me rappeler Diana, mieux que je ne peux en vrai. Je voudrais me rappeler tout ce que Diana et moi n’avons jamais fait ensemble, comme si nous l’avions fait.

IMG_20160616_212423

Résumé: Diana, 8 ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et nous dire ce qui s’est noué sous leurs yeux. Institutrices, médecins, gendarmes, assistantes sociales, grand-mère, tante et demi-frère…

Les premiers mots:

 Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un lieu qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. 

Lire la suite