Miss Sarajevo– Ingrid Thobois

Il y a quantité de manières de se battre pour  regagner le droit de vivre ensemble. La ville entière résiste en s’acharnant à vivre.

Les premiers mots

Dans la dilatation du temps propre au désir, les dernières secondes démultipliées comme à l’infini, rien ne parait plus éloigné que ce que l’on s’apprête à atteindre. Au moment exact de vivre, lorsque le fantasme cède place au réel, tout ce qui relevait de l’évidence se met à tanguer: on s’étonnerait presque de savoir respirer. Comment être certain, alors, de désirer encore ce qu’on a tant voulu?

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Une mort très douce– Simone de Beauvoir

Pour moi, ma mère avait toujours existé et je n’avais jamais sérieusement pensé que je la verrai disparaitre un jour, bientôt.

Les premiers mots

Le jeudi 24 octobre 1963, à quatre heures de l’après-midi, je me trouvais à Rome, dans ma chambre de l’hôtel Minerva; je devais rentrer chez moi le lendemain par avion et je rangeais des papiers quand le téléphone a sonné. Bost m’appelait de Paris:  » Votre mère a eu un accident », me dit-il.

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De bois debout – Jean-François Caron

À quinze ans déjà, quoi qu’en eût dit le père, j’aimais ce que faisaient les livres aux gens.

Les premiers mots

La mort du père

Je l’ai vu mourir. Je viens de voir mourir le père, que je me répète en courant. Branches qui fouettent, autres qui craquent sous mon pas, je fais du bruit, me fais du mal, ne peux pas m’en empêcher, ne peux pas m’en empêcher de courir dans le bois: je viens de voir mourir le père.
Mon père.

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La tendresse des pierres – Marion Fayolle

A force de compléter papa, de penser, de parler à sa place, on ne savait plus tellement qui on était.

Les premiers mots

On a enterré un poumon de papa. C’était un jour de printemps, les arbres étaient chargés de cerises et la nature était belle. On s’habilla tous en noir pour assister à la cérémonie. Toute la famille était là. Des hommes en blanc portaient sur leurs épaules l’énorme poumon. Papa assistait avec nous à l’enterrement d’une partie de son corps.

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Je suis une fille de l’hiver– Laurie Halse Anderson 

Est-ce que je préfère mourir à cause de ce qui se passe en moi ou à cause de ce qui se passe malgré moi?

Les premiers mots

Elle me l’annonce comme ça, les mots dégoulinent de sa bouche entre les miettes de muffin à la myrtille, et les virgules trempent dans son café. Elle me le dit en quatre phrases. Non cinq. Je n’ai aucune envie d’entendre, mais c’est trop tard. Les faits bruts me pénètrent, me poignardent en pleine poitrine. Et quand elle vient au pire…
… toute seule, ils ont retrouvé le corps dans une chambre de motel…

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Les optimistes meurent en premier– Susin Nielsen

Il s’est accroché à moi, et je me suis accrochée à lui. Ensemble, nous avons réussi à ne pas tomber.

Les premiers mots

La première fois que j’ai vu l’Homme bionique, j’étais couverte de paillettes. C’était un vendredi après-midi comme les autres à l’atelier ART-PSY. J’essayais d’aider Ivan le Terrible à terminer un de nos projets d’art-thérapie plus débiles les uns que les autres.

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