Memorial Drive – Natasha Trethewey 

J’ai besoin de donner du sens à notre histoire, de comprendre la trajectoire tragique qu’a suivie la vie de ma mère et la façon dont ma propre a été façonnée par cet héritage.

Les premiers mots

Trois semaines après la mort de ma mère, je rêve d’elle : nous marchons sur un chemin raviné, une piste ovale autour de laquelle nous effectuons notre lente révolution : côte à côte, si proches que nos épaules se touchent presque, aucune de nous deux ne parle, chacune dans ses traces. J’ai beau savoir qu’elle est morte, j’éprouve un certain contentement, comme si elle était simplement partir ailleurs et que je lui avais rendu visite.

« C’est l’histoire que je me raconte pour survivre« . Cette phrase est à elle seule aussi bouleversante que l’entièreté du récit. Natasha y raconte sa mère noire, son père blanc, son Mississippi et puis l’arrivée dans sa vie de ce beau-père violent qui ira jusqu’à tirer deux coup de fusils dans la tête de Gwendolyn Ann Turnbough, la mère de Natasha.

Bien sûr, nous sommes aussi faits de ce que nous avons oublié, de ce que nous avons cherché à enterrer ou à retrancher. Une part d’oubli est nécessaire et l’esprit travaille à nous protéger de ce qui est trop douloureux ; cela n’empêche pas certains aspects d’un traumatisme de vivre dans notre corps et de se manifester de manière impromptue.

Memorial Drive est dramatique dans tout ce qu’il met en lumière du système judiciaire des États-Unis ( et qui doit être semblable partout ailleurs) et dans sa grande problématique à gérer les cas de violences familiales.
Natasha n’en fait pas le procès mais grâce aux témoignages et compte rendus qu’elle met dans son livre, le lecteur ou la lectrice aura un sentiment d’impuissance et de totale injustice par rapport à ce drame.

Raconter sa mère pour lui donner de la voix et de l’importance a été le projet de presque toute une vie pour cette jeune femme qui a 19 ans fut orpheline de mère.
Ici pas de descriptions des violences ni de pathos mais une grande dignité à écrire son sentiment de culpabilité et d’essayer coûte que coûte de trouver un sens à sa vie.

Memorial Drive de Natasha Trethewey
Traduction de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy.
Éditions de l’Olivier
224 pages,
août 2021

20 réflexions sur “ Memorial Drive – Natasha Trethewey 

  1. Mumu dans le bocage dit :

    J’ai beaucoup aimé la forme de ce livre, les faits et seulement les faits mais avec à travers eux les sentiments de l’auteure à la fois sur la violence, son propre sentiment de culpabilité mais également sur les carences (quelque soit le pays) pour gérer les alertes faites par les femmes….. 🙂

    Aimé par 1 personne

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