Arrête avec tes mensonges!– Philippe Besson

Je me dis que ce n’était pas une histoire de corps, mais de nécessité.

 

Les premiers mots

C’est la cour de récréation d’un lycée, une cour goudronnée cernée de bâtiments anciens aux fenêtres  et hautes, à la pierre grise.
Des adolescents, sac à dos ou cartable posé aux pieds, discutent par petits groupes, les filles avec les filles, les garçons avec les garçons. Si on observe attentivement, on repérera un surveillant, à peine plus âgé.

 

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Nos années sauvages-Karen Joy Fowler

Je n’ai jamais su qui j’étais. Cela ne voulait pas dire que quelqu’un d’autre le savait mieux que moi

Les premiers mots

Prologue

Ceux qui me connaissent aujourd’hui seront surpris d’apprendre qu’enfant j’étais une vraie pipelette. Nous avons un film amateur tourné quand j’avais deux ans, un film vieillot, sans le son, aux couleurs délavées – un ciel blanc, mes baskets rouges d’un rose spectral -, mais on voit bien que je parle beaucoup.

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La langue des bêtes– Stéphane Servant

Celui qui sait lire peut comprendre le monde. Celui qui écrit peut le changer.

Les premiers mots

Les renards arrivent avec la nuit.
La Petite les entend avant de les voir.
Leurs pattes comme des marteaux d’orfèvres font sonner l’écrin brun des bois.
Une minuscule tambour fouetté par les doigts têtus de l’automne naissant.
Au-delà des carcasses de voitures, là-bas, à la lisière de la forêt, les brindilles claquent, les carapaces craquent. Partout, les lapereaux frissonnent. Et les renards tremblent bien plus qu’eux. 
La Petite le sent.

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L’enfant qui– Jeanne Benameur

Tu tentes juste de rester vivant entre le début et la fin.

Les premiers mots

Dans ta tête d’enfant, il y a de brusques ciels clairs arrachés à une peine lente, basse, impénétrable. Ta mère a disparu. Elle avait beau ne jamais être complètement là, c’est à son odeur, à sa chaleur, à ses mains silencieuses que tu prenais appui pour sentir que tu existais vraiment.

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La leçon de chant– François Emmanuel

Parler de livres et de musiques permettait aux mots de peser moins.

Les premiers mots

Elle s’avance sur la scène des Cordeliers, les lustres de la salle sont éteints, il s’établit un silence étrange. Je vois le liseré blanc du proscenium, le détail en lumière rasante des lames du plancher d’où surgit la masse noire du trois-quarts queue. L’image dans ma mémoire est très précise, quoique intermittente, comme s’il s’agissait d’un film dont ne me restent que quelques séquences.

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