Le journal malgré lui de Henry K.Larsen– Susin Nielsen

Papa et moi, nous partageons une solitude d’un genre différent. Le genre que l’on éprouve même quand on est entouré de monde, parce qu’on sait que quelque chose, ou quelqu’un, vous manque.

Les premiers mots

Le saviez-vous? Le mot « psychologie » vient du grec « psyché ». Il signifie étude de l’esprit.
Je voudrais bien qu’on arrête d’étudier le mien, d’esprit. C’est trop glauque, de faire ça. Mais papa dit que je n’ai pas le choix.
Cecil n’a pas une tête de psychologue, cela dit. Déjà, il s’appelle Cecil.

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Robinson– Laurent Demoulin

Le printemps fait semblant d’être l’été, à la façon dont Robinson et moi faisons semblant d’être un père et un fils.

Les premiers mots

Au pied du trône

Soudain, Robinson se met à pleurer. Sa tristesse ne va pas crescendo: elle semble immédiatement profonde – ou plutôt, sans fond. Rien ne la tempère ni ne la médiatise: c’est un diamant de malheur inconditionnel. Comme il ne parle pas, qu’il n’a jamais parlé – pas un mot, pas une phrase -, je ne dispose que de peu de moyens pour comprendre la raison de ses larmes?
S’ennuie-t-il? Trouve-t-il soudain que la vie est absurde? A-t-il mal aux dents? Faim? Soif? Est-il traversé par une idée noire? Est-il envieux? Anxieux? Tracassé? Torturé par une angoisse intime? Ou par l’angoisse de son père?

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La tristesse des anges– Jón Kalman Stefánsson

La poésie vous tue, elle vous donne des ailes, vous les agitez un peu et sentez l’enchantement vous envahir.

Les premiers mots

Maintenant, il ferait bon de dormir jusqu’à ce que les rêves deviennent un ciel, un ciel calme et sans vents où quelques plumes d’anges virevoltent doucement, où il n’y a rien que la félicité de celui qui vit dans l’ignorance de soi. Mais le sommeil fuit les défunts. Lorsque nous fermons nos yeux fixes, ce sont les souvenirs qui nous sollicitent à sa place.

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Arrête avec tes mensonges!– Philippe Besson

Je me dis que ce n’était pas une histoire de corps, mais de nécessité.

 

Les premiers mots

C’est la cour de récréation d’un lycée, une cour goudronnée cernée de bâtiments anciens aux fenêtres  et hautes, à la pierre grise.
Des adolescents, sac à dos ou cartable posé aux pieds, discutent par petits groupes, les filles avec les filles, les garçons avec les garçons. Si on observe attentivement, on repérera un surveillant, à peine plus âgé.

 

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Nos années sauvages-Karen Joy Fowler

Je n’ai jamais su qui j’étais. Cela ne voulait pas dire que quelqu’un d’autre le savait mieux que moi

Les premiers mots

Prologue

Ceux qui me connaissent aujourd’hui seront surpris d’apprendre qu’enfant j’étais une vraie pipelette. Nous avons un film amateur tourné quand j’avais deux ans, un film vieillot, sans le son, aux couleurs délavées – un ciel blanc, mes baskets rouges d’un rose spectral -, mais on voit bien que je parle beaucoup.

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La langue des bêtes– Stéphane Servant

Celui qui sait lire peut comprendre le monde. Celui qui écrit peut le changer.

Les premiers mots

Les renards arrivent avec la nuit.
La Petite les entend avant de les voir.
Leurs pattes comme des marteaux d’orfèvres font sonner l’écrin brun des bois.
Une minuscule tambour fouetté par les doigts têtus de l’automne naissant.
Au-delà des carcasses de voitures, là-bas, à la lisière de la forêt, les brindilles claquent, les carapaces craquent. Partout, les lapereaux frissonnent. Et les renards tremblent bien plus qu’eux. 
La Petite le sent.

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L’enfant qui– Jeanne Benameur

Tu tentes juste de rester vivant entre le début et la fin.

Les premiers mots

Dans ta tête d’enfant, il y a de brusques ciels clairs arrachés à une peine lente, basse, impénétrable. Ta mère a disparu. Elle avait beau ne jamais être complètement là, c’est à son odeur, à sa chaleur, à ses mains silencieuses que tu prenais appui pour sentir que tu existais vraiment.

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