Un amour – Sara Mesa 

Le malaise du bonheur est une idée qui la hante de manière insistante : un genre de bonheur qui contiendrait le germe de sa propre destruction.

Les premiers mots

C’est quand la nuit tombe que le poids s’abat sur elle, si lourd qu’elle doit s’asseoir pour reprendre son souffle. A part le silence, ça ne ressemble pas à ce qu’elle avait imaginé. En réalité, ce n’est pas vraiment du silence.

Ce titre si poétique cache une vérité toute autre entre les pages de ce court roman envoûtant. Envoûtant et perturbant car notre héroïne, Nat, n’est pas le genre de personnage auxquels il est facile de s’attacher. Ne livrant que peu d’elle-même, ou pas du tout, elle se couvre d’une carapace rigide afin qu’on ne perce pas ses secrets.
Quand on y arrive, cela veut dire que la relation est déjà bien entamée et que Nat se jettera à corps perdu dans des sentiments passionnés.

Arrivée seule dans une petite ville, elle veut changer de vie, la remodeler, loin de tout ce qu’elle a vécu précédemment. Mais comme dans Je suis une île, elle va se confronter aux habitant.es allergiques aux nouvelles têtes.

Elle se sent invulnérable, au-delà des jugements, mais son immunité vient du fait qu’elle est sortie du temps dans lequel elle vivait, comme si, gravissant une échelle interminable, elle était tombée dans le vide à cause d’un barreau cassé, tandis que le reste du monde continuait à monter sans rien remarquer.

Le récit est construit en intégrant des éléments de suspens et de tension qui comme une chape de plomb, provoquent une lecture angoissante mais addictive. Si je veux reprendre une image légèrement galvaudée, j’associerai cette lecture à celle lue sous apnée, on ressort de ces pages le cœur un peu lourd et empreint d’une ambiance poisseuse. De manière assez habile, le roman fluctue entre sublimes descriptions de l’amour (« Elle décrypte ses traits et y décèle une majesté évidente : son visage est tel qu’il doit être, pense-t-elle, l’unique possible. ») et phrases percutantes.

Répondant aux coups de cœur des copines sur Instagram le concernant, je me suis lancée dans cette histoire sans reprendre le temps de relire le résumé pour me laisser découvrir ce personnage ô combien insaisissable qu’est celui de Nat. Autour d’elle gravitent d’autres hommes et femmes qui ont tous et toutes quelque chose qui m’a mise terriblement mal à l’aise. Il y a leurs regards qui percent et leurs mots qui heurtent, autant de signes qui auraient fait fuir n’importe qui, mais pas Nat qui, elle, reste coûte que coûte.

Sara Mesa a une solide réputation en Espagne et je ne doute pas qu’elle en aura une tout aussi bonne dans les pays francophones.

Un amour de Sara Mesa
Traduit de l’espagnol par Delphine Valentin
Éditions Grasset
208 pages, mai 2022

7 réflexions sur “ Un amour – Sara Mesa 

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