La grosse laide – Marie-Noëlle Hébert

Je peux m’haïr. Dépenser l’énergie que je veux dans cette haine de moi, de mon corps.

J’pense que t’as assez mangé, Marie-Noëlle.
Porte juste des couleurs foncées.
Le noir ça amincit vraiment.
Oublie ça les lignes horizontales. Pis rentre ton ventre.

Ces phrases assassines qui la dévorent de l’intérieur, Marie-Noëlle les a entendues pendant toute son enfance et son adolescence, de quoi réduire son estime d’elle-même à zéro. Pensant bien agir son entourage lui donne des conseils pour cacher sa grosseur (sa laideur selon Marie-Noëlle) alors qu’il aurait valu l’aimer un peu mieux, comprendre sa souffrance. Elles ont jugé qu’il était plus important de m’enseigner à rentrer mon ventre plutôt qu’à me redresser et à être fière de moi.

Son corps, insupportable tare, elle n’en peut tout simplement plus. Elle rêve de devenir mince, de ne plus être pointée du doigt, d’avoir quelqu’un qui l’aime. Mais que la route est longue quand le dégoût de soi est si profond. Son amie Matilda aide Marie-Noëlle à régler son mal-être en étant présente pour entendre sa souffrance. Car c’est une vie de silence et de honte qui entoure la jeune fille qui se sent incapable d’en parler.

Peu de dialogues et d’écrit mais un pouvoir évocateur extrêmement fort de la part des dessins. Les yeux, ces grands yeux sombres qui disent beaucoup de chose de la souffrance et de la solitude. Le noir présent dans cette bande dessinée évoque avec habileté le désespoir de Marie-Noëlle, les dessins au crayon de plomb soulignent les détails de cette jeune fille avec puissance.

Je pourrais lire et relire cette œuvre tant elle m’a énormément émue par la véracité de ses propos, dans lesquels je me suis parfois retrouvée (les injonctions au corps parfait touchent tous les poids, toutes les morphologies).
Une bande dessinée qui au temps d’une grossophobie ambiante (et qui a été exacerbée par le confinement) est plus que salutaire.

Feuilleter les sublimes premières planches en cliquant ici.

Et pour poursuivre : « On achève bien les gros » de Gabrielle Deydier (reportage disponible jusqu’au 16 août)

Découvert grâce à Madame Couette.

Ce roman graphique n’est, malheureusement, pas encore paru en France et en Belgique mais vous pouvez faire comme Céline et vous le procurer via la Librairie du Québec. » (Pour ma part, je l’ai achetée à la Foire du Livre de Bruxelles.)

-La grosse laide de Marie-Noëlle Hébert, Editions XYZ, Collections Quai N°5, 2019, 104 pages –

…c’est chez Moka

29 réflexions sur “ La grosse laide – Marie-Noëlle Hébert

  1. flyingelectra dit :

    ouf ça marche chez toi, apparemment WP a des soucis aujourd’hui, impossible de laisser des commentaires ailleurs
    ah je me disais bien que j’avais déjà vu ce livre quelque part… je le lirai chez Mme couette

    Aimé par 1 personne

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