S’isoler du monde – 3 livres

Thoreau écrit :  » Je trouve salutaire d’être seul la plupart du temps. La compagnie, même la meilleure, est bientôt fatigante et nocive. J’aime être seul. Je n’ai jamais trouvé compagnon d’aussi bonne compagnie que la solitude.

Trois livres sur cette envie folle et terriblement tentante de s’isoler du monde, se perdre dans les montagnes ou dans les forêts.

ENCABANNEE de Gabrielle Filteau-Chiba
Editions Folio, 2022, 128 pages

Un deux janvier, Anouk se décide à tout quitter pour une cabane perdue dans une forêt. En plein hiver québécois. Le froid et le désert de glace comme seule compagnie. Loin de Montréal et de la société de consommation dont elle veut se défaire, notre jeune femme doit se résoudre à survivre avec peu et se laisser gagner par des pensées auxquelles elle n’avait jamais pris le temps de songer.

Seule, elle sait que cette décision est celle qui fallait qu’elle prenne. À elle de vivre cette aventure avec tout ce que la nature lui apporte, tant en positif et qu’en négatif. Mais il se pourrait que son quotidien d’ermite prenne un autre tournant.

Gabrielle Filteau-Chiba réussit le tour de force d’amener en ces quelques pages une ambiance glaciaire et désertique servie par une femme à la volonté de fer. Malgré l’adversité et certaines situations critiques, Anouk ne perd pas espoir et se sent enfin connectée à elle-même et à ce qui l’entoure. Ses pensées retranscrites dans son journal intime, ses listes de choses et d’autres, ses illustrations, sont autant d’éléments qui nous permettent de se sentir proche d’elle.
Entre critiques de notre société et références littéraires, le livre apporte à ses lecteurs et lectrices un point de vue franc et tranché sur nos modes de vie.
Grâce un humour distillé entre ces lignes et aux descriptions d’un quotidien rudimentaire, Encabanée est une ouverture vers cette possibilité-là de  vouloir aussi partir loin de tout, en retrait du monde et des hommes. 

J’ai troqué mes appareils contre tous les livres que je n’avais pas eu le temps de lire, et échangé mon emploi à temps plein contre une pile de pages blanches qui, une fois remplies de ma misère en pattes de mouche, le temps d’un hiver, pourraient devenir un gagne-pain. Je réaliserai mon rêve de toujours : vivre de ma plume au fond des bois.

LE GARCON SAUVAGE de Paolo Cognetti
Editions 10/18, 2017, 144 pages

Quitter sa vie de citadin et tout ce que ça implique pour la montagne de son enfance, tel est le projet de notre personnage ( ce récit est-il autobiographique ? Est-il transporté de passages fictionnels, on ne le sait pas). Là-bas, là-haut, il désire se retrouver, lire et écrire. La solitude ne l’effraie pas et c’est empreint de récits d’hommes qui ont eu la même ambition qu’il part sereinement dans les Alpes italiennes. La réalité ne sera pas aussi idyllique qu’espérée mais apportera son lot de réjouissances et d’expériences uniques.

Le garçon Sauvage porte un titre fort et les pages qui le constituent le sont tout autant. Notre personnage alterne son récit de descriptions mais aussi, et c’est ce que j’ai préféré, de références littéraires telles que Primo Levi, Thoreau ( maintes fois cité) et Reclus. Cette intertextualité apporte des passages grandioses sur le fait de s’isoler et notre perception de la solitude, qu’elle soit rêvée ou crainte.  On pourrait se dire qu’il n’y a rien d’original dans le fait de raconter son voyage, mille autres l’ont déjà écrit. Mais ce que réussit Paolo Cognetti c’est de prendre cette aventure avec beaucoup d’humilité sur sa personne. Que ce soit dans les échecs ou dans les réussites de son entreprise, il garde les pieds sur terre pour nous décrire ses pensées et ses doutes.

Comme ermite, je ne valais pas un clou: j’étais monté là-haut pour rester seul et n’arrêtais pas de me chercher des amis. A moins que ce fût justement la solitude qui rendit chaque rencontre aussi précieuse.

LA PETITE LUMIERE d’Antonio Moresco
Editions Verdier, 2014, 128 pages

« Je suis venu ici pour disparaître …. », telle est la première phrase de ce roman. À la fois énigmatique et mélancolique. On ne connaîtra pas la raison de ce repli, tout ce que le narrateur nous donnera à lire ce sont ses journées remplies de balades, de sorties au village et d’observation de son quotidien, animaux et plantes. Dans cette routine bien huilée qui lui sied parfaitement, il y a tout de même une étrangeté. Là-haut, une petite lumière apparaît à la nuit tombée. Aucune raison, du moins dans la tête du narrateur, n’est valable pour que cela apparaisse. À sa connaissance, personne n’a de maisons ni de pâturages si haut.
La quête commence. La découverte sera magique.

La Petite Lumière offre un moment hors du temps où le suspense et l’onirique prennent tout leur sens. En une centaine de pages, c’est-à-dire rien et tout en maintenant, Antonio Moresco campe une atmosphère dont on a du mal à se défaire tant on veut comme le narrateur connaître l’origine de cette lumière. Entre descriptions de la nature, des animaux et cette question lancinante, « Qu’est-ce que ça peut bien être, cette petite lumière ? », l’auteur nous emmène aux confins de la réalité, où le fantastique, si ténu soit-il, nous laisse sans voix.
D’une simplicité dans les mots et d’une justesse tout aussi belle, ce livre m’a permis une parenthèse hors du temps. 

Il n’y a que la nuit, dans la lumière lunaire, que l’on comprend ce que sont les arbres, ces colonnes de bois et d’écume qui s’élancent vers l’espace vide du ciel.

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23 réflexions sur “ S’isoler du monde – 3 livres

  1. lunedepassage dit :

    Le garçon sauvage (tout Cognetti ❤️) et la petite lumière aussi beaucoup aimé. Je n’ai pas du tout accroché à Encabanée en revanche. Je te conseille, si tu ne connais pas, Julio Llamazares (espagnol traduit et publié chez Verdier) « Lune de Loup » ou « La pluie Jaune ».. ça devrait peut-être te plaire, c’est magnifique, il fait vraiment partie de mes auteurs chouchous en terme d’écriture. Solitude, isolation, huis-clos, tout y est!

    Aimé par 2 personnes

  2. maghily dit :

    Tu viens de rajouter 3 nouveaux livres à ma liste d’envie [je ne sais pas si je dois te remercier… ;)].

    Si tu aimes ce genre de récit, j’avais offert « Ma Cabane » à Xa et on avait beaucoup aimé tous les deux (on avait pas mal de référence commune avec l’auteur). C’était autobiographique, pour le coup. Je pense que cela pourrait te plaire 🙂 : https://editions-iconoclaste.fr/livres/ma-cabane/

    Aimé par 1 personne

  3. Laeti dit :

    J’ai envie de tous les lire ! La citation d’Encabanée est magnifique. Dans le même ordre d’idées, j’ai lu il y a longtemps Un matin, je suis partie. L’héroïne ne s’isole pas totalement, mais quitte sa vie pour partir dans un autre pays (un peu dans le même style que Mange, prie, aime qui m’a bcp marquée aussi).

    Aimé par 1 personne

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