Fille, femme, autre – Bernardine Evaristo

il ne s’agit pas de sentir ceci ou cela, de dire ceci ou cela
il s’agit
d’être ensemble

Les premiers mots

Amma
suit à pied la promenade longeant le fleuve qui coupe sa ville en
deux, quelques péniches matinales s’y croisent lentement
à sa gauche le pont-passerelle piétonnier avec ses pylônes qui
ressemblent à des mâts de voiliers
à sa droite la courbe que décrit la rivière vers l’est après avoir
dépassé Waterloo Bridge en direction du dôme St Paul

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Archives des enfants perdus – Valeria Luiselli

Comme les enfants perdus, on a marché seuls ensemble, mais on se tenait la main toi et moi, parce qu’à partir de maintenant je ne lâcherai jamais ta main.

Les premiers mots

Départ
Bouche ouverte au soleil, ils dorment. Le garçon et la fillette, le front perlé de sueur, les joues rouges et striées de salive sèche et blanche. Ils occupent toute la banquette arrière de la voiture, affalés, membres offerts, lourds et placides.

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Ceux qui partent – Jeanne Benameur

Attendre c’est mourir salement. Ça tue l’espérance.

Les premiers mots

Ils prennent la pose, père et fille, sur le pont du grand paquebot qui vient d’accoster. Tout autour d’eux, une agitation fébrile. On rassemble sacs, ballots, valises. Toutes les vies empaquetées dans si peu.
Eux deux restent immobiles, face au photographe. Comme si rien de tout cela ne les concernait.

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Les échoués – Pascal Manoukian

9782359494341_1_75Résumé : 1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.
Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs.

Les premiers mots

L’été était brûlant. Même les roses cherchaient de l’ombre. Virgil ne sentait plus ses jambes. Elles étaient restées trop longtemps croisées l’une sous l’autre, tels la faucille et le marteau des drapeaux rouges de son enfance. 

Il n’osait pas bouger. Le chien, un bâtard gris aux crocs jaunes, rôdait toujours.

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