Né d’aucune femme – Franck Bouysse

La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient.

Les premiers mots

L’homme
Il se trouvait quelque part plus loin que les aiguilles de ma montre.
Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion.

Au seuil de sa vie, le prêtre Gabriel se rappelle ce moment où une jeune paroissienne lui a confié une mission: ramener les carnets d’une certaine Rose, morte dans un asile. Ces journaux lus, il ne pouvait plus ignorer la vie de cette femme. Il nous livre, comme pour se décharger, l’histoire de Rose. À nous de la découvrir, de lire ses tourments, ses amours et ses malheurs.

Franck Bouysse nous emmène dans une France profonde où les hommes ont le plein pouvoir, où les femmes sont considérées comme du bétail et où les acheter est un commerce normal.

Inspirer la pitié à quelqu’un, c’est faire naître une souffrance pas vécue dans un cœur pas préparée à la recevoir, mais qui voudrait pourtant en prendre une part, sans en être vraiment capable. La pitié, c’est le pire des sentiments qu’on peut inspirer aux autres. La pitié, c’est la défaite du cœur. 

Ce livre est d’une beauté douloureuse. On s’émerveille devant l’écriture travaillée, profonde, sensible. Rose a jeté ses mots dans ses carnets pour rester en vie et on sent cette ferveur et cette urgence à coucher ses douleurs sur papier. Les mots sont forts, vrais et on retrouve l’intonation d’un français rural. Mais plus elle écrit, plus son écriture s’affine.

Impossible à lâcher, ce livre offre des pages d’une grande puissance jusqu’au dénouement final ( qui m’a particulièrement émue). Si certains ont trouvé la fin un peu « facile », je me suis laissé, au contraire, bercer par l’histoire sans me poser de questions, pour être totalement surprise.

Né d’aucune femme, c ‘est de la poésie sauvage, brute, de l’écriture qui pénètre, des mots qui font frissonner et une Rose magnifique.

– Né d’aucune femme de Franck Bouysse, Éditions Manufacture de livres, 2019, 416 pages –

Publicités

32 réflexions sur “Né d’aucune femme – Franck Bouysse

Si vous souhaitez me laisser une trace de votre passage...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s