Si tu passes la rivière – Geneviève Damas

Peut -être que les livres, ça ment, ça ne cesse de mentir, alors à quoi ça sert de lire pour espérer des choses qui n’arriveront jamais.

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Les premiers mots

« Si tu passes la rivière, si tu passes la rivière, a dit le père, tu ne remettras plus les pieds dans cette maison. Si tu vas de l’autre côté, gare à toi, si tu vas de l’autre côté. » J’étais petit alors quand il m’a dit ça pour la première fois.

J’ai retrouvé dans ce texte la beauté et le pouvoir des mots et de l’éducation, ce qui m’avait séduit chez Les Demeurées.

François a dix-sept ans et pourtant à l’entendre, on lui en donnerait dix de moins. Il ne va plus à l’école et doit aider son père et ses frères à la ferme. C’est dire qu’il y a du travail! Nourrir les bêtes, les soigner, les abattre, les vendre, préparer le fromage…La vie suit son cours.

Chez nous, on ne pleure pas, ça mouille à l’intérieur, mais au-dehors, c’est sec.

Mais voilà, François ne le dit à personne mais il en a des questions qui lui trottent dans la tête. Où est partie sa douce sœur Maryse, qui est sa mère? Pourquoi ne doit-on pas parler de Jean-Paul? Et cette berge en face de la rivière quel secret détient-elle? S’il pose des questions à son père, il se fera taper dessus. Alors il les garde pour lui. En fait, non il les partage avec sa truie, Hyménée.

Une mère, j’imagine bien que j’en ai eu. Tous les cochons en ont une, pourquoi pas moi? J’ai beau fouiller dans ma caboche, je ne la vois pas, sinon le visage de Maryse quand j’avais la varicelle et qui me tenait la main et me caressait le front en disant « fifi ». De notre mère, pas de photo, juste la taloche quand je posais la question au père et ses yeux qui regardaient vers nulle part, le grand silence qui se faisait alors.

C’est sans compter la venue d’un objet particulier, un objet dont il n’a pas l’habitude: un livre offert par le curé Roger Un livre imagé qui va illuminer la vie de François et en même temps l’effrayer. Il se rend peu à peu compte du gouffre dans lequel il est. 

Mais les livres, ça, les livres, j’avais eu envie de les toucher pour voir si cétait doux, aussi doux qu’eux, mes cochons, quand je les prenais dans mes bras.

Pour répondre à cet univers qui apparaît à lui, il va demander à Roger de lui apprendre à lire. Pour une bonne raison, lire les lettres sur les tombes et retrouver celle de sa mère. Cet apprentissage ne sera pas sans conséquences, il commence à s’ouvrir au monde et surtout aux autres villageois. Une véritable quête de la connaissance de soi et des autres.

J’ai dévoré ce roman tout cru. François ressemble aux personnages un peu innocents et tellement enfantins que j’avais appréciés dans « Room » et dans « En attendant Bojangles ». C’est une écriture qui traduit sa vraie façon de parler et de penser. Grâce aux mots, tout le puzzle se met en place et on découvre en même temps que lui les lourds secrets enfouis par ce père bourru.
Le langage utilisé m’a énormément touchée et j’en suis ressortie le cœur un peu gros. François est un être doux et atypique, il est comme un angelot de la famille. Geneviève Damas, de nationalité belge, signe un véritable premier roman d’apprentissage: François se voit grandir grâce à l’aide apportée de Roger et d’Amélie, une villageoise. Et ces dernières pages… waouh! J’ai été soufflée par la force de François et son opiniâtreté.

Elle nous offre une véritable perleCe roman sonne juste et vrai. Un vrai bonheur que je vais m’empresser de recommander.

– Si tu passes la rivière de Geneviève Damas, Éditions Luce Wilquin, 2011, 115 pages – 

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6 réflexions sur “ Si tu passes la rivière – Geneviève Damas

  1. Laeti dit :

    Je ne me rappelle plus vraiment de l’histoire ni du dénouement, mais je sais que le personnage de François m’avait émue. En général, j’aime bien les histoires où l’on voit le personnage évoluer et trouver son chemin. J’avais beaucoup apprécié le cadre de l’histoire, le milieu rural et la ferme.

    Aimé par 1 personne

  2. Marion Transetti dit :

    Merveilleux souvenir pour moi aussi que cette lecture. Je me souviens encore des derniers mots du livre lorsqu’il met le pied dans la rivière et que… c’est froid ! 🙂 Tout François est là, dans ces quelques mots, dans cette simple sensation.
    Du coup, cela me donne envie de retrouver Geneviève Damas ! Je vais aller voir quels sont ses autres titres. Merci !

    Aimé par 1 personne

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