Les Demeurées– Jeanne Benameur

La mère et la fille

sont des disjointes du monde.

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Résumé : La mère, La Varienne, c’est l’idiote du village. La petite, c’est Luce. Quelque chose en elle s’est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d’amour. Invincible. L’école menace cette fusion. L’institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l’enfant à l’ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ?

Les premiers mots

Des mots charriés dans les veines. Les sons se hissent, trébuchent, tombent derrière la lèvre.
Abrutie.
Les eaux usées glissent du seau, éclaboussent.
La conscience est pauvre.
La main s’essuie au tablier de toile grossière.
Abrutie.
Les mots n’ont pas lieu d’être. Ils sont.

Une mère, dite La Varienne et sa fille, Luce,  vivent recluses dans un village sans nom, à une époque inconnue.

Pas d’instruction, pas de livres et encore moins de réflexion, que ce soit sur le monde ou sur elle-même.

Que les gens du village les considèrent comme « demeurées », « abruties » ne les atteignent pas. Elles vivent en autarcie, à l’abri des regards et des « on-dit ». Ce qui les lie est l’amour qu’elles se portent. Même si Luce est sensible aux insultes lancées à sa mère, elle reste près d’elle, prête à la protéger.

Pourtant la machine s’enraye avec l’entrée de la petite Luce à l’école. Mademoiselle Solange, une institutrice investie, refuse de laisser cette enfant dans l’ignorance. Elle essaiera de lui faire rentrer les mots et le sens. Luce tente de se barricader mais les mots ont trouvé une faille et s’insinue en elle. Le défi est rude pour l’institutrice car cette instruction pourrait éloigner la mère et la fille.

Mademoiselle Solange a décidé de ne pas céder. Elle mènera cette enfant au seuil du monde, par les mots.

Jeanne Benameur nous plonge dans un univers de silence, d’amour et de poésie. L’écriture est saccadée, les mots sont jetés avec force et profondeur. L’auteure nous fait poser des questions sur le rôle de l’enseignement et ses limites, « peut-on instruire quelqu’un contre son gré?« .

J’ai plongé la tête la première dans ce roman court (81 pages) et j’en suis ressortie émerveillée par l’écriture et l’histoire qui est tellement bien menée.

Vous l’aurez compris, Jeanne Benameur est un peu ma Joyce Carol Oates française. 

 – Les Demeurées de Jeanne Benameur, édition Gallimard, Collection Folio, 2000, 81pages 

 

 

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19 réflexions sur “ Les Demeurées– Jeanne Benameur

    • lespagesversicolores dit :

      C’est vraiment une des mes auteures françaises « préférées »! (on dirait un enfant qui parle de sa maitresse mais c’est ce que je ressens ) 🙂
      Je viens de prêter « Les demeurées » et « Pas assez pour faire une femme » à ma chère maman pour qu’elle la découvre enfin!

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  1. Dolores dit :

    Eh bien oui, Les Demeurées m’ont émue aux larmes. Tout chante dans ces lignes, il est très visuel aussi. On peut très bien se les imaginer : La mère et la fille! Et comment elle décrit le dévouement de l’institutrice jusqu’à en perdre la raison!
    Quelle belle écriture! Merci ma p’tite Fanny.

    Aimé par 1 personne

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