L’homme de la montagne – Joyce Maynard

On est tous des drôles de zèbres. Chez certaines personnes, on ne remarque pas leur bizarrerie, mais on en a tous une.

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Les premiers mots

     Prologue

Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher du soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie – , un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans, et il avait déjà beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose qu’on verra jamais.
C’est à ma soeur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois, ma soeur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas pu la sauver.
Voici notre histoire.

J’ai continué ma découverte de Joyce Maynard avec ce roman dont j’avais entendu le plus grand bien. Même si ce ne fut pas un coup de cœur, j’ai passé un bon moment de lecture.

Ce que j’aime chez cette auteure, et c’est un point sur lequel tout le monde semble unanime, c’est sa capacité à décrire les adolescents (en tout cas les adolescentes) et surtout les relations fraternelles et sororales

Les deux sœurs en question sont Rachel, treize ans, la narratrice et Patty, onze ans. Devenue adulte, Rachel se penche sur un été qui a changé sa vie et celle de sa famille.

Vivant d’une banlieue de San Francisco, ces deux jeunes filles ont comme terrain de jeux un pan de montagne entier. Ensemble, elles se sentent fortes et elles-mêmes. Rachel n’a pas vraiment d’amies et Patty est d’une timidité maladive envers les autres personnes. Point de vue familial, elles vivent avec leur mère qui préfère se réfugier dans sa chambre ou à la bibliothèque plutôt que de jouer avec ses enfants. Quant à leur père, depuis qu’il a quitté le domicile conjugal, il est beaucoup moins présent. Ce grand et bel homme a un métier qui ne lui permet pas de passer du temps avec ses deux filles. En effet, étant inspecteur de police, il enchaîne les heures de travail. Rachel et Patty souffrent de ce manque d’attention, plus de la part de leur père que de leur mère. Ce père est une sorte de héros pour elles, elles l’admirent et lui pardonnent tout.

Livrées à elles-mêmes, pour leur plus grand plaisir, elles découvrent la vie.

Au cours du mois de juin, cette banlieue est le lieu de plusieurs drames : des jeunes filles sont retrouvées mortes, étranglées, violées et abandonnées dans une position de suppliantes dans la montagne adorée des deux sœurs. Le père de Rachel et de Patty contribue à l’enquête, les crimes s’enchaînent et aucune piste ne pointe son nez. Celui-ci leur interdit formellement d’y retourner. Mais c’est sans compter l’imagination et la volonté d’aider leur père à résoudre l’affaire !

Ces événements permettent à Rachel d’être populaire ! Elle est la fille de l’inspecteur, elle va pouvoir donner des précisions sanglantes sur ces crimes… Cette popularité ne sera pas au goût de Patty, sa grande sœur la délaisse pour des minettes qui ne pensent qu’à se maquiller alors qu’avec elle, Rachel pouvait imaginer plein d’histoires et de jeux.

De crimes en crimes, rien ne se passe comme prévu pour l’inspecteur. Quelques personnes commencent à douter de son professionnalisme et ses filles vont tout faire pour l’épauler. Même si peu à peu elles découvrent que leur père est un homme comme les autres, avec des moments de détresse, de solitude et d’incertitude. 

Je ne retiendrai pas le thème de l’enquête qui n’est là qu’en toile de fond (qui est un bémol pour ma part), mais bien l’apprentissage de Rachel et de sa sœur Patty (pour laquelle j’ai ressenti beaucoup de tendresse). Les personnages sont encore une fois très attachants et on ne souhaite qu’une chose, que tout se passe bien dans le meilleur des mondes. Malheureusement, la vie s’emmêle et les drames arrivent. J’ai été très touchée par la relation des deux sœurs, je l’ai trouvée parfaitement décrite. L’amour est sincère et véritable. Que Rachel s’éloigne de Patty pour d’autres amitiés, Patty reste là et sait accueillir sa sœur à tout moment. Rachel vit son adolescence et on peut comprendre cet éloignement.

J’ai lu un livre un jour sur le naufrage du Titanic, racontant comment des hommes abominables avaient éjecté femmes et enfants des canots de sauvetage pour sauter eux-mêmes dedans et échapper à la noyade. Je savais ce qu’aurait fait ma soeur: elle m’aurait laissé sa place.

Les descriptions de leurs jeux sont belles et assez émouvantes. Je me suis promenée avec elles, dans la montagne, dans les rues de cette banlieue, j’ai observé avec elles leurs drôles de voisins, j’ai imaginé les vies derrières les fenêtres des maisons. 

Je dois cependant émettre quelques bémols.  J’ai trouvé que les intrigues n’étaient pas assez ficelées (tout comme dans « Les filles de l’ouragan« ), qu’il manquait de suspens et finalement quelques passages m’ont fait lever les yeux au ciel (les « prémonitions » de Rachel en autre). 

Je ne garderai que les belles descriptions de l’enfance et l’amour de ses deux sœurs, ce qui n’est pas si mal ;-).

– L’homme de la montagne de Joyce Maynard, Editions Philippe Rey,  2014, 314 pages – 

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16 réflexions sur “L’homme de la montagne – Joyce Maynard

  1. Marie-Claude dit :

    Je comprends tes bémols… Si Joyce Maynard excelle dans tout ce qui touche de près ou de loin l’adolescence et les cadres familiaux, le reste (ici, l’enquête) est quelque peu sous-développé. Ici, j’avoue que ça ne m’a pas gênée. Elle a ses forces et ses faiblesses, forcément…
    Je n’ai pas encore lu « Les filles de l’ouragan ». Et il me reste aussi « Long week-end » à lire.
    À suivre…

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  2. flyingelectra dit :

    Drôle, j’ai l’impression de lire mon propre billet sur ce livre ! J’ai eu un vrai coup de coeur pour ce roman pour la relation des deux soeurs, leurs balades, l’atmosphère, etc. Et comme toi je ne trouve pas l’enquête intéressante, elle ne maîtrise pas le suspense / le thriller. Mais si on veut de vraies relations humaines, de l’amour entre soeurs, etc. alors elle est super douée !

    Aimé par 1 personne

  3. Eva dit :

    J’avais également beaucoup aimé sa description de l’adolescence, et la relation entre les deux soeurs… C’est le premier roman de Joyce Maynard que j’ai lu mais ce n’est pas mon préféré, j’avais trouvé la dernière partie assez bancale et dispensable…

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  4. Laeti dit :

    Pareil que toi, j’ai été happée par la relation entre les sœurs et par leur fascination pour leur papa. Une nouvelle fois, comme tu dis, Joyce Maynard rend à merveille les questionnements, les maux, les tourments des ados. Elle excelle vraiment là-dedans! J’ai vraiment beaucoup aimé ce titre.

    Aimé par 1 personne

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