N’essuie jamais de larmes sans gants– Jonas Gardell

Leur seule chance résidait dans le silence. Leur seule possibilité d’exister résidait dans l’invisibilité. Dans la marge. Dans le pli, comme la vermine.

Les premiers mots

Cette journée d’août s’en est allée sans un nuage dans le ciel, mais à travers les fenêtres condamnées du service d’isolement l’été ne pénètre pas.
L’homme dans le lit est terriblement amaigri et marqué par un sarcome de Kaposi au stade avancé. Il n’a plus que quelques jours à vivre.
Habituellement, ce syndrome ne touche que les hommes âgés issus du pourtour méditerranéen et progresse avec une telle lenteur que les malades finissent par mourir d’autres complications. Or, depuis un certain temps, une multitude de cas ont été rapportés, surtout aux Etats-Unis, où cette forme de cancer s’est montrée beaucoup plus agressive.

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Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle– Hervé Giraud

Nous, on est papa, maman, le chien, ma sœur et moi.

Les premiers mots

On était trois comme les trois doigts de la main ( de la tortue Ninja); on était réunis dans le ventre de ma mère et on a grandi ensemble: Cali ma soeur, Rubens le chien et moi.
Souvent, on s’asseyait au bord de la rivière, épaule contre épaule, le chien au milieu. On regardait dans la même direction.

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Le complexe du papillon – Annelise Heurtier

Les papillons volent mieux que les éléphants

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Les premiers mots

Pendant le petit déjeuner, mes parents écoutent toujours la même station de radio. Ce matin, entre la rentrée des classes, la menace terroriste et les mégapromos sur le jambon, c’est encore plus démoralisant que d’habitude (en tout cas lorsqu’on s’appelle Mathilde Fournier, que l’on a quatorze ans et que l’on aurait vraiment besoin d’entendre autre chose que les réclames du coin ou les infos déprimantes de France et d’ailleurs).
Aujourd’hui est un matin de « première fois ».

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Les filles de l’ouragan – Joyce Maynard

Ça fait drôle de grandir dans une famille où il semble que ce serait plutôt aux adultes de grandir.

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Les premiers mots

Mon père me disait que j’étais un bébé de l’ouragan. Cela ne signifiait pas que j’étais née au cours d’un ouragan. Le jour de ma naissance, le 4 juillet 1950, se situe bien avant la saison des ouragans.
Il voulait dire que j’avais été conçue pendant un ouragan. Ou dans son sillage.

Ayé, j’ai lu Joyce Maynard! Lire la suite

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby 

Rien ne manque. Rien n’excède. Tout suffit.

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Les premiers mots

Mathilde Blanc traverse le cadre des fenêtres. Elle disparait, chaque fois plus lente, à la façon d’un automate en fin de course. Elle s’arrête, à cause de l’arthrose. De l’effroi. Elle regarde la ruine autour d’elle. La glaise et la poussière à la pointe de ses chaussures. Son père est mort il y a cinquante ans jour pour jour, le 1er juillet 1962. Elle a voulu ce pélerinage dans le théâtre de la maladie, et aussi du plus grand amour; mais du sanatorium d’Aincourt il ne reste rien.

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