Une mort très douce– Simone de Beauvoir

Pour moi, ma mère avait toujours existé et je n’avais jamais sérieusement pensé que je la verrai disparaitre un jour, bientôt.

Les premiers mots

Le jeudi 24 octobre 1963, à quatre heures de l’après-midi, je me trouvais à Rome, dans ma chambre de l’hôtel Minerva; je devais rentrer chez moi le lendemain par avion et je rangeais des papiers quand le téléphone a sonné. Bost m’appelait de Paris:  » Votre mère a eu un accident », me dit-il.

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Ásta – Jón Kalman Stefánsson

Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde?

Les premiers mots

Commençons par le commencement :
nous sommes dans Vesturbær, le quartier Ouest de Reykjavík,
au début des années cinquante du siècle dernier,
je vous expose l’origine du prénom d’Ásta.
Puis je ne maîtrise plus rien.

Helga et Sigvaldi, les parents d’Ásta, ont choisi son prénom avant sa naissance, persuadés qu’ils auraient une fille, ils l’ont trouvé dans Gens indépendants, un livre de Halldór Laxness, paru en 1934-1935. Ils ont lu ce roman pendant qu’Ásta grandissait et se développait dans le ventre de sa mère, et la fin les a fait pleurer.

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Mon désir le plus ardent– Pete Fromm

On va commencer le décompte de nos vies tout de suite. On a des décennies devant nous, Mad. Toi et moi, côte à côte, front contre front. Peau contre peau. Une vie entière.

Les premiers mots

Les coups d’oeil. Les regards ébahis. Les oeillades furtives. Ils plongent Dalt dans une fureur biblique. À deux doigts du châtiment divin. Du calme mon grand, ce n’est pas pour moi. Une vieille chouette en fauteuil roulant, les bras secoué de spasmes? Ils en ont vu d’autres. Allons, allons. Ce qui fait tourner les têtes, ce qui décroche les mâchoires, c’est Dalt en train de pousser le fauteuil. Dalt, l’inspiration originelle du David de Michel-Ange, maqué avec cette harpie?

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N’essuie jamais de larmes sans gants– Jonas Gardell

Leur seule chance résidait dans le silence. Leur seule possibilité d’exister résidait dans l’invisibilité. Dans la marge. Dans le pli, comme la vermine.

Les premiers mots

Cette journée d’août s’en est allée sans un nuage dans le ciel, mais à travers les fenêtres condamnées du service d’isolement l’été ne pénètre pas.
L’homme dans le lit est terriblement amaigri et marqué par un sarcome de Kaposi au stade avancé. Il n’a plus que quelques jours à vivre.
Habituellement, ce syndrome ne touche que les hommes âgés issus du pourtour méditerranéen et progresse avec une telle lenteur que les malades finissent par mourir d’autres complications. Or, depuis un certain temps, une multitude de cas ont été rapportés, surtout aux Etats-Unis, où cette forme de cancer s’est montrée beaucoup plus agressive.

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