La dernière déclaration d’amour – Dagur Hjartarson

Et Kristín et moi nous sommes aimés chaque nuit.
Nos doigts. La peau. Les étoiles. Le ciel nocturne. Et cætera.

Les premiers mots

Je ne sais pas combien de temps nous étions restés endormis sur la couverture lorsque le bourdonnement nous réveilla.
– Tu as déjà vu autant de mouches? me demanda Kristín en les éloignant d’un geste de la main.
– Ce ne sont pas des mouches, répondis-je. Ce sont des points à la fin des poèmes que je vais composer pour toi.

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Au bord de la Sandá – Gyrðir Elíasson

La quiétude est une notion composite: elle peut être triste, redoutable, agréable, sublime, solitaire.

Les premiers mots

Ce jour-là, il faisait sombre et quelques gouttes de pluie tombaient du ciel à la dérive quand je me suis engagé dans la vallée, là où la forêt s’étale en haut des pentes. J’avais un petit sac à dos et j’ai marché d’un bon pas le long de la rivière limpide, par un sentier étroit entre les troncs des mélèzes aux effluves balsamiques aigrelets.

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Ásta – Jón Kalman Stefánsson

Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde?

Les premiers mots

Commençons par le commencement :
nous sommes dans Vesturbær, le quartier Ouest de Reykjavík,
au début des années cinquante du siècle dernier,
je vous expose l’origine du prénom d’Ásta.
Puis je ne maîtrise plus rien.

Helga et Sigvaldi, les parents d’Ásta, ont choisi son prénom avant sa naissance, persuadés qu’ils auraient une fille, ils l’ont trouvé dans Gens indépendants, un livre de Halldór Laxness, paru en 1934-1935. Ils ont lu ce roman pendant qu’Ásta grandissait et se développait dans le ventre de sa mère, et la fin les a fait pleurer.

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La tristesse des anges– Jón Kalman Stefánsson

La poésie vous tue, elle vous donne des ailes, vous les agitez un peu et sentez l’enchantement vous envahir.

Les premiers mots

Maintenant, il ferait bon de dormir jusqu’à ce que les rêves deviennent un ciel, un ciel calme et sans vents où quelques plumes d’anges virevoltent doucement, où il n’y a rien que la félicité de celui qui vit dans l’ignorance de soi. Mais le sommeil fuit les défunts. Lorsque nous fermons nos yeux fixes, ce sont les souvenirs qui nous sollicitent à sa place.

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Entre ciel et terre– Jón Kalman Stefánsson

En cas de choix entre la vie et la mort, la plupart des gens optent pour la vie.

Les premiers mots

C’était en ces années où, probablement, nous étions encore vivants. Mois de mars, un monde blanc de neige, toutefois pas entièrement. Ici la blancheur n’est jamais absolue, peu importe combien de flocons se déversent, que le froid et le gel collent le ciel à la mer et que le frimas s’infiltre au plus profond du cœur où les rêves élisent domicile, jamais le blanc ne remporte la victoire.

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J’ai toujours ton coeur avec moi – Soffía Bjarnadóttir 

La femme qui m’avait élevée, seule et à son étrange manière, n’était plus. Elle était pourtant là, quelque part, à l’arrière-plan, comme les montagnes et l’océan.

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Les premiers mots

Lorsque Siggy est morte, j’ai eu envie de réclamer ses yeux à l’entrepreneur des pompes funèbres. Je me demandais si l’on pouvait hériter d’une paire d’yeux. S’il était courant que les proches du défunt réclament leurs organes favoris. J’imagine ses pupilles qui me fixent effrontément depuis l’au-delà. Je n’ai toutefois jamais formulé cette requête et, avant que j’aie eu le temps de dire ouf, Siggy était redevenue poussière. Ses yeux, des étoiles dans un ciel de ténèbres. 

Et si la mort d’une mère pouvait signer une seconde naissance?  Lire la suite