N’essuie jamais de larmes sans gants– Jonas Gardell

Leur seule chance résidait dans le silence. Leur seule possibilité d’exister résidait dans l’invisibilité. Dans la marge. Dans le pli, comme la vermine.

Les premiers mots

Cette journée d’août s’en est allée sans un nuage dans le ciel, mais à travers les fenêtres condamnées du service d’isolement l’été ne pénètre pas.
L’homme dans le lit est terriblement amaigri et marqué par un sarcome de Kaposi au stade avancé. Il n’a plus que quelques jours à vivre.
Habituellement, ce syndrome ne touche que les hommes âgés issus du pourtour méditerranéen et progresse avec une telle lenteur que les malades finissent par mourir d’autres complications. Or, depuis un certain temps, une multitude de cas ont été rapportés, surtout aux Etats-Unis, où cette forme de cancer s’est montrée beaucoup plus agressive.

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Arrête avec tes mensonges!– Philippe Besson

Je me dis que ce n’était pas une histoire de corps, mais de nécessité.

 

Les premiers mots

C’est la cour de récréation d’un lycée, une cour goudronnée cernée de bâtiments anciens aux fenêtres  et hautes, à la pierre grise.
Des adolescents, sac à dos ou cartable posé aux pieds, discutent par petits groupes, les filles avec les filles, les garçons avec les garçons. Si on observe attentivement, on repérera un surveillant, à peine plus âgé.

 

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Dites au loups que je suis chez moi – Carol Rifka Brunt

Ce sont les gens les plus malheureux qui veulent vivre éternellement parce qu’ils considèrent qu’ils n’ont pas fait tout ce qu’ils voulaient. Ils pensent qu’ils n’ont pas eu assez de temps. Ils ont impression d’avoir été arnaqués.

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Les premiers mots

Cet après-midi-là, ma sœur Greta et moi étions chez notre oncle Finn pour qu’il fasse notre portrait, parce qu’il savait qu’il allait bientôt mourir. C’était après avoir compris que je n’emménagerais pas dans son appartement quand je serais grande et que je n’habiterais pas avec lui le reste de ma vie. Après avoir arrêté de croire que ce sida machin chose n’était qu’une sorte de grand malentendu.

Un thème peut en cacher un autre. Un tout aussi précieux et délicat. L’amour entre deux sœurs. June et Greta.  Lire la suite

Les filles de l’ouragan – Joyce Maynard

Ça fait drôle de grandir dans une famille où il semble que ce serait plutôt aux adultes de grandir.

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Les premiers mots

Mon père me disait que j’étais un bébé de l’ouragan. Cela ne signifiait pas que j’étais née au cours d’un ouragan. Le jour de ma naissance, le 4 juillet 1950, se situe bien avant la saison des ouragans.
Il voulait dire que j’avais été conçue pendant un ouragan. Ou dans son sillage.

Ayé, j’ai lu Joyce Maynard! Lire la suite

En Italie, il n’y a que des vrais hommes – Luca de Santis & Sara Colaone

Tout le monde ici, me dit que je ne comprends pas! Eh bien, vous n’avez qu’à m’expliquer, brigadier, parce que moi, vraiment, je ne comprends pas…pourquoi je suis là?!

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Prologue

Il y a ces histoires que l’on trouve partout dans les rayons des librairies et qui ont comme sujet récurrent les tueurs en série. Et puis il y a les autres…qui semblent se cantonner aux bibliothèques des universités. La persécution des homosexuels en Italie en fait partie. Ce pays a utilisé, contre ses lesbiennes et ses gays, une arme souvent plus sournoise que la répression brutale: le silence.

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Les jours fragiles – Philippe Besson

Nous sommes une famille disloquée, détraquée. Avons-nous jamais été autre chose?

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Les premiers mots

Vendredi 22 mai

Dans notre famille, les hommes ne restent pas.
Vrai, quand on y songe, ils n’ont jamais rien fait d’autre que s’éloigner, prendre le large, et s’affranchir de nous, les femmes, condamnées à demeurer au pays, reliées à la terre. Je n’ai cessé de me demander d’où ils tenaient cette attirance pour d’autres ciels, alors que le ciel est le même partout.

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