Nos mères– Antoine Wauters

On sait que pour nos mères un pas plus loin, c’est le vide et la mort.

Les premiers mots

Elles nous demandent où nous vivons.
Tout haut, nous ne répondons rien.
Tout bas, nous répondons dans le plus grand et le plus beau lieu entouré de biefs, d’osselets, de cascades d’eau chaude et de fines pluies qui ne souillent pas. Sur une terre blanche. Dans un village de petite taille et de petite montagne que nous n’allons jamais quitter, dit-on.

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Le garçon – Marcus Malte

Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible.

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Les premiers mots

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas d’avantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un. Plus tard, au cours de l’histoire, une femme qui sera pour lui soeur, amante et mère, lui fera don du sien, auquel elle accolera en hommage le prénom d’un célèbre musicien qu’elle chérissait entre tous.

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Petit Pays – Gaël Faye

Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur.

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Les premiers mots

Prologue

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé. Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.
– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.
– Comme Donatien? j’avais demandé.
– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil.

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L’orangeraie – Larry Tremblay

Celui qui a le courage de s’élever embrasse d’un seul coup d’oeil toute sa vie. Et aussi toute sa mort.

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Les premiers mots

Si Amed pleurait, Aziz pleurait aussi. Si Aziz riait, Amed riait aussi. Les gens disaient pour se moquer d’eux: « Plus tard ils vont se marier ». Leur grand-mère s’appelait Shahina. Avec ses mauvais yeux, elle les confondait tout le temps. Elle les appelait ses deux gouttes d’eau dans le désert. Elle disait : « Cessez de vous tenir par la main, j’ai l’impression de voir double. » Elle disait aussi : « Un jour, il n’y aura plus de gouttes, il y aura de l’eau, c’est tout. » Elle aurait pu dire : « Un jour, il y aura du sang, c’est tout. »

C’est une douce odeur d’oranges qui m’a accompagnée tout au long de ce douloureux récit.  Lire la suite

Des hommes – Laurent Mauvignier 

Je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait qu’il est trop tard.

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Les premiers mots

          Il était plus d’une heure moins le quart de l’après-midi, et il a été surpris que tous les regards ne lui tombent pas dessus, qu’on ne montre pas d’étonnement parce que lui aussi avait fait des efforts, qu’il portait une veste et un pantalon assortis, une chemise blanche et l’une de ces cravates en Skaï comme il s’en faisait il y a vingt ans et qu’on trouve encore dans les solderies.
Aujourd’hui, on dira qu’il ne sentait pas trop mauvais. On n’ironisera pas sur le fait qu’il viendra manger à l’œil et que pour une fois il n’aura pas à faire semblant d’arriver à l’improviste. On l’appellera Feu-de-Bois comme depuis des années, et certains se souviendront qu’il a un vrai prénom sous la crasse et l’odeur de vin, sous la négligence de ses soixante-trois ans.

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Le chemin des âmes – Joseph Boyden

Mon ennemi, lui, ne le comprend peut-être pas quand je l’envoie sur le chemin des âmes, mais j’espère qu’il comprendra le jour où je le rencontrerai à nouveau.

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Ce livre n’était pas du tout dans ma Pile à lire des vacances mais il y est arrivé presque par hasard : ayant reçu une box littéraire, je me suis amusée à regarder les livres reçus des utilisateurs sur le compte Instagram de La Kube. Et celui-ci a retenu mon attention. Un petit tour sur Babelio, une moyenne de 4,38/5, une lecture du résumé plus celle de quelques avis et j’ai été le chercher à la bibliothèque. Parfois, c’est aussi simple que ça. Et je ne suis pas déçue.


Les premiers mots

    Progressant dans la neige, nous remontons notre piste jusqu’aux pièges tendus sous les saules. J’ai pris la tête. Je sommeille encore. L’air est vif. Pique les poumons. Elijah marche dans mes traces. Le soleil paraît.
    À chaque enjambée, la croûte cède sous mes pieds: trop froids, la nuit dernière. Elijah s’efforce d’aller sans bruit; mais son pas est lourd.
    Elijah et moi, nous avons le même âge. Nous avons vécu douze hivers.

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La guerre n’a pas un visage de femme– Svetlana Alexievitch 

Sur les conseils d’une amie, je me suis lancée dans le dernier prix Nobel de littérature. Et ce fût beau.

IMG_20160524_160150Résumé

La Seconde Guerre mondiale ne cessera jamais de se révéler dans toute son horreur. Derrière les faits d’armes, les atrocités du champ de bataille et les crimes monstrueux perpétrés à l’encontre des civils se cache une autre réalité. Celle de milliers de femmes russes envoyées au front pour combattre l’ennemi nazi.

Les premiers mots

J’écris un livre sur la guerre… Moi, qui n’ai jamais aimé lire des livres de guerre, bien qu’en mon enfance et mon adolescence ce fût la lecture préférée de tous. De tous les garçons et filles de mon âge. Et cela n’avait rien d’étonnant: nous étions les enfants de la Victoire. Les enfants des vainqueurs.

On entre dans ce livre en sachant pertinemment qu’on n’en ressortira pas indemne. Lire la suite