George– Alex Gino

Un jour, il faudrait bien qu’elle dise à maman qu’elle était une fille. Mais ce jour n’était pas encore arrivé.

Les premiers mots

George sortit une clé argentée de la plus petite poche d’un grand sac à dos rouge. Maman avait cousu la clé à l’intérieur pour qu’elle ne se perde pas, mais le fil n’était pas tout à fait assez long pour atteindre la serrure quand le sac était posé à terre. Donc George fut obligée de rester en équilibre sur un pied en maintenant le sac sur le genou de l’autre jambe.

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Présent? – Jeanne Benameur

Enseigner c’est être présent, c’est être vivant, c’est regarder les autres en face.

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Les premiers mots

Il y a toujours trop de monde dans les couloirs.
Couloirs. Couloirs. Du latin « colare »: couler, s’écouler. Dans les couloirs, les corps devraient s’écouler. Comme de l’eau. C’est l’étymologie.
On voudrait bien.

Glisser son corps au milieu des autres fluides. De face, impossible. Il faut biaiser. En avant! les épaules à l’égyptienne. Ca passe un peu. Et puis, tôt ou tard, la masse fait pression plus fort. Même de biais, on n’arrive plus. On a dû mal à respirer. C’est la dynamique du trop.
Dans les couloirs, on est réduit.

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Les Demeurées– Jeanne Benameur

La mère et la fille

sont des disjointes du monde.

Résumé : La mère, La Varienne, c’est l’idiote du village. La petite, c’est Luce. Quelque chose en elle s’est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d’amour. Invincible. L’école menace cette fusion. L’institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l’enfant à l’ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ?

Les premiers mots

Des mots charriés dans les veines. Les sons se hissent, trébuchent, tombent derrière la lèvre.
Abrutie.
Les eaux usées glissent du seau, éclaboussent.
La conscience est pauvre.
La main s’essuie au tablier de toile grossière.
Abrutie.
Les mots n’ont pas lieu d’être. Ils sont.

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