Océan Mer – Alessandro Baricco 

…que disons-nous lorsque nous disons : mer ? Disons-nous le monstre immense capable de dévorer toute chose, ou cette vague qui mousse à nos pieds? L’eau qui peut tenir dans le creux de la main ou les abysses que nul ne peut voir? Disons-nous tout en un seul mot ou masquons-nous tout sous un seul mot? Je suis là, à quelques pas de la mer, et je n’arrive pas à comprendre où elle est, elle. La mer. La mer.

Les premiers mots

Sable à perte de vue, entre les dernières collines et la mer – la mer – dans l’air froid d’un après-midi presque terminé, et béni par le vent qui souffle toujours du nord.
La plage. Et la mer.
Ce pourrait être la perfection – image pour un œil divin – monde qui est là et c’est tout, muette existence de terre et d’eau, oeuvre exacte et achevée, vérité – vérité -, mais une fois encore c’est le salvateur petit grain de l’homme qui vient enrayer le mécanisme de ce paradis, (…)

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La voie des loups – Maylis Daufresne

L’enfant n’a point besoin d’étoiles au firmament pour les deviner, les sentir, les entendre presque. Les loups, tapis aux portes du village, rôdant sous les remparts.  

Les premiers mots
La nuit s’attarde dans les coins et recoins de la longère familiale lorsque Lodoïs sort, chaussures à la main, baluchon sur l’épaule. Dans ce baluchon, peu de choses : quelques allumettes, le couteau de pêche offert par son frère ainé, le gros pain de froment préparé comme chaque dimanche par sa mère pour toute la famille, et un peu de fromage.

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Les bâtisseurs du vent – Aly Deminne

Les plus grands voleurs du monde sont les mieux lotis. La plupart d’entre eux ne se contentent plus de ne voler que le solide. Ils volent aussi l’impalpable : la dignité, la gentillesse, la charité. Ils volent la justice aussi.

Les premiers mots

Le père de Maksim Vladimirovitch Voronov, Vladimir Ilitch, avait une curieuse mais douce réflexion sur la richesse; réflexion qu’il aimait lâcher dans le petit logis des Voronov, rue Munovskaya de Voronej: « Pauvre est le riche qui considère toujours son tout comme pas assez. Riche est le pauvre qui parvient toujours à faire du peu qu’il a son suffisant. De fait, il vaut mille fois mieux être un pauvre riche qu’un riche pauvre. »

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