La Reine Margot – Alexandre Dumas 

Je sais maintenant que quelqu’un est caché ici; que vous êtes une épouse infidèle, mais une fidèle alliée, et dans ce moment-ci, ajouta le Béarnais en souriant, j’ai plus besoin, je l’avoue, de fidélité en politique qu’en amour.

Les premiers mots

Le lundi, dix-huitième jour du mois d’août 1572, il y avait grande fête au Louvre.
Les fenêtres de la vieille demeure royale, ordinairement si sombres, étaient ardemment éclairées; les places et les rues attenantes, habituellement si solitaires, dès que neuf heures sonnaient à Saint-Germain-l’Auxerrois, étaient, quoiqu’il fût minuit, encombrées de populaire.

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La femme de Gilles – Madeleine Bourdouxhe 

Dans le malheur le temps passe vite, quoi qu’on en dise. Aucun point de repère ne peuple le temps révolu, aucune joie ne distingue un jour d’un autre. Rien que du lamentable, toujours le même.

Les premiers mots

« Cinq heures…Il va bientôt rentrer… » se dit Élisa. Et voilà qu’à cette idée elle ne peut plus rien faire.
Elle a frotté, lavé, fourbi durant toute la journée, elle a préparé une soupe épaisse pour le dîner – ce n’est pas la coutume du pays de manger lourdement le soir, mais c’est nécessaire pour lui qui, à l’usine, ne déjeune que de tartines aux oeufs. Et maintenant, ne fût-ce que pour mettre le couvert, ses bras s’engourdissent et retombent inertes le long de son corps. Un vertige de tendresse la fige, immobile et haletante, accrochée des deux mains à la barre de nickel du fourneau.

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La colline des potences – Dorothy M. Johnson 

Je me suis endormi honnête et fauché. Je me suis réveillé hors-la loi et toujours fauché. Et incompris de tous.

Les premiers mots

Une sœur disparue
Notre maison était pleine de femmes qui étouffaient mon oncle Charlie et me troublaient parfois avec leurs bavardages et leur agitation. Nous étions les deux seuls hommes du foyer. J’avais neuf ans lorsque arriva une autre femme – tante Bessie – qui avait vécu jusque-là chez les Indiens.

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Souvenirs de Marnie – Joan G. Robinson 

Pourtant, il semblait presque à Anna que la maison l’épiait, la guettait, et avait patiemment attendu qu’elle se retourne et la reconnaisse.

Les premiers mots

Madame Preston, avec son éternel air inquiet, rajusta le chapeau d’Anna.
« Sois sage, lui dit-elle. Amuse-toi, et … reviens-moi heureuse et bronzée…et contente. »
Elle prit la jeune fille dans ses bras et l’embrassa une dernière fois pour qu’Anna se sente aimée, en sécurité, acceptée.

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Mrs Dalloway & Les Vagues – Virginia Woolf 

Elle en était arrivée à penser que la seule chose digne d’être racontée, c’est ce que l’on ressent. L’intelligence était bête. On devait simplement dire ce que l’on ressent.

Il est évident qu’il aurait fallu pour ces deux romans un billet individuel tant il y a de choses à dire. Ici point d’analyses et mais une description de mes ressentis face à ces deux œuvres. Pour rappel, je dois ma découverte de Virginia Woolf avec Une Chambre à soi. J’ai ensuite lu et adoré son Journal de l’écrivain dans lequel les deux romans, dont je vais vous parler, reviennent sans cesse. Il n’en fallait pas plus pour que je les lise à mon tour et heureux hasard, Cynthia m’a offert Mrs Dalloway.

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Une connaissance inutile – Charlotte Delbo 

Alors vous saurez
qu’il ne faut pas parler avec la mort
c’est une connaissance inutile.

Les premiers mots

Les hommes
Nous avions pour les hommes une grande tendresse. Nous les regardions tourner dans la cour, à la promenade. Nous leur jetions des billets par-dessus le grillage, nous déjouions la surveillance pour échanger avec eux quelques mots. Nous les aimions. Nous le leur disions des yeux, jamais des lèvres.

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L’écriture ou la vie – Jorge Semprun 

Il y aurait toujours cette mémoire, cette solitude : cette neige dans tous les soleils, cette fumée dans tous les printemps.

Les premiers mots

Le regard
Ils sont en face de moi, l’œil rond, et je me vois soudain dans ce regard d’effroi : leur épouvante. Depuis deux ans, je suis sans visage. Nul miroir, à Buchenwald. Je voyais mon corps, sa maigreur croissante, une fois par semaine, aux douches. Pas de visage, sur ce corps dérisoire. De la main, parfois, je frôlais une arcade sourcilière, des pommettes saillantes, le creux d’une joue. J’aurais pu me procurer un miroir, sans doute. On trouvait n’importe quoi au marché noir du camp, en échange de pain, de tabac, de margarine. Même de la tendresse, à l’occasion.

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Journal d’un écrivain – Virginia Woolf

Je peux maintenant écrire, écrire, et encore écrire. C’est la sensation la plus délicieuse qui soit au monde.

Les premiers mots

1918
Lundi 5 août
En attendant de faire l’achat d’un cahier où je consignerai mes impressions sur Christina Rossetti pour commencer, puis sur Byron, je vais noter tout cela ici. D’abord il ne me reste plus beaucoup d’argent car j’ai fait des folies avec Leconte de Lisle. Le grand mérite de Christina, c’est d’être un poète-né, ce dont elle semble bien avoir conscience.

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