Pêcheur d’Islande – Pierre Loti 

Il faut beaucoup d’enfants à ces races de pêcheurs que l’Islande dévore.

Les premiers mots

Ils étaient cinq, aux carrures terribles, accoudés à boire, dans une sorte de logis sombre qui sentait la saumure et la mer. Le gîte, trop bas pour leurs tailles, s’effilait par un bout, comme l’intérieur d’une grande mouette vidée ; il oscillait faiblement, en rendant une plainte monotone, avec une lenteur de sommeil.

C’est drôle d’ouvrir un livre tant de fois plébiscité et dont le thème m’était alors inconnu. Je savais juste qu’il fallait que je le lise et ce jour est arrivé.

De l’Islande, ne vous attendez pas à des descriptions de paysages, de conditions de pêche… Non. De l’Islande, il n’y est question que par ce surnom donné aux pêcheurs bretons qui partent de leur région tant aimée pour un pays qui parfois les enlèvent à leurs familles.

Partir c’est aussi penser à la crainte de ne pas revenir un jour vers leurs femmes. De cette partie du monde qui côtoie l’océan, la vie terrestre est rythmée par la mesure des retours des missions, des fêtes de la mer et des mariages vite organisés avant les autres départs, comme pour conjurer le sort.
Si certains pensent à leurs femmes restées en Bretagne, d’autres sont toujours des hommes sans attaches et pourtant convoités. Yann est de ceux-là. Mais à Paimpol, une jeune fille est dans l’attente d’un regard, d’une légère attention, qui pourrait lui faire entrevoir une union tant espérée.

Et là, tout près, la mer toujours, la grande nourrice et la grande dévorante de ces générations vigoureuses, s’agitant elle aussi, faisant son bruit, prenant sa part de la fête…

Pêcheur d’Islande raconte l’attente, celle qui fait regarder l’horizon à la recherche d’un bout de bateau qui ressemble à celui où les êtres aimés ont embarqué. L’attente aussi d’un geste qui signerait un pacte d’amour dans une région où ceux et celles qui ne sont pas marié.es sont pointés du doigt.
Ce livre c’est aussi les liens d’amitié tissés tout au long de ces missions. Entre Yann et Sylvestre, un jeune homme au cœur doux, c’est aussi un lien fraternel où les paroles ne sont pas si importantes tant le lien est fort.

Pierre Loti donne à ses personnages des caractéristiques complexes, peu sont décrits, nous n’aurons droit qu’à Yann, Sylvestre, la grand-mère de celui-ci et Gaud, la jeune fille amoureuse, mais cet ensemble arrive à nous faire vivre ces journées de langueur, où l’espoir ne doit jamais se départir au risque de sombrer.
À aucun moment durant cette lecture, je n’ai pensé que ce livre avait été écrit en 1886, je l’ai trouvé assez moderne dans son écriture mais surtout dans sa construction narrative qui permet de passer d’un personnage à l’autre et d’y être attaché directement.

Cette découverte de Pierre Loti m’a enchantée et je suis curieuse de lire d’autres récits de cet auteur.

Pêcheur d’Islande de Pierre Loti
Éditions GF-Flammarion
252 pages, première publication en 1886
Les Classiques c’est fantastique – Saison 3

Pour ce thème qui me plait beaucoup (cela doit être dû à mon côté poisson), je voulais lire un autre titre. J’avais donc embarqué sur le Narcisse de Joseph Conrad avec son titre Les enfants de la mer (titre d’origine « Le Nègre du Narcisse »). Il ne m’a pas tout séduite, je l’ai trouvé très long et désuet. Beaucoup de personnages se côtoient sur ce navire et je n’ai pas réussi à m’attacher à l’un d’entre eux. Ce livre a l’air d’être apprécié, vu les « bonnes » notes qu’il obtient sur Babelio.

On prend le large ou on reste les pieds dans l’eau chez Moka / Natiora / Lolo / L’ourse bibliophile / Mumu /

25 réflexions sur “Pêcheur d’Islande – Pierre Loti 

  1. Ingannmic dit :

    Je n’ai lu que « Ramuntxo », de cet auteur, et il y a si longtemps que j’en ai tout oublié…Lors d’un séjour dans les Côtes d’Armor il y a 3 ans, j’avais décidé de le lire, mais je n’en ai pas eu le courage !! Tu me remotives…

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  2. maghily dit :

    J’avais vu passer ce titre mais il ne m’attirait pas. De manière générale, Loti m’a toujours peu attirée : je ne sais pas pourquoi. Sans doute son côté orientaliste.

    Ton avis me fait regretter de ne pas lui avoir laissé une chance pour ce thème. 😉

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  3. Autist Reading dit :

    Voilà un billet qui me ravit. Cela fait un petit moment que me titille l’envie d’aller voir su côté de Pierre Loti, sans que je me décide à le faire. Je craignais un récit un peu désuet, voire poussiéreux, ce qui n’est de toute évidence pas le cas. tant mieux !

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  4. Mokamilla dit :

    Tu imagines bien mon sourire en voyant ta publication ce lundi. Et j’imagine le tien ce matin si tu passes par chez moi.
    Bref, il était temps pour moi de découvrir Loti et j’ai évidemment adoré ce roman que j’ai trouvé d’une beauté délicieusement sobre…
    Seule différence avec toi, la perception de l’écriture comme « moderne ». Je croyais très naïvement que Loti était un auteur du début XXe et je n’ai cessé de me dire tout au long de ma lecture que ce livre avait un ton et une couleur très XIXe. Cela me conforte tellement dans mon amour pour ce siècle littéraire.

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