Nathalie Sarraute

Ce bruit soudain de l’eau dans ce silence suspendu, ce serait comme un signal

Pour ce dernier tour de notre challenge avant la saison 3 ( insérez « cri de joie ») j’ai décidé de prendre au mot l’intitulé « enfant du siècle » en lisant deux récits d’une même autrice, et donc du même siècle…, qui est connue pour avoir joué un grand rôle dans l’éclosion du genre du Nouveau Roman (et je vois certaines grincer des dents à la vue de ce genre particulier, adulé ou détesté.)

TROPISMES
Les Éditions de Minuit, première publication 1932, 96 pages

J’ai essayé de retrouver ce qui m’avait plu il y a 16, 17 ans, lors de ma première lecture de Sarraute. J’avais le souvenir d’une écriture saisissante et belle. Je ne me rappelais plus du tout de l’histoire ( mais est-ce qu’il y en avait une ?), ni que ce livre était composé de plusieurs récits.
La relecture fut laborieuse. Le moment choisi n’était peut-être pas idéal mais je n’ai absolument pas retrouvé ce que j’avais, il me semble, apprécié lors de la découverte de l’autrice.
Ces 24 récits sont joliment écrits mais rien rien rien ne m’a émue ou touchée. Cette façon de ne pas nommer les personnages, de n’utiliser que les pronoms « il » ou « elle » ajoute une distance et un sentiment d’être extérieur à ce qui se joue dans cette narration d’instants de vie. 

Et elles parlaient, parlaient toujours, répétant les mêmes choses, les retournant, puis les retournant encore, d’un côté puis de l’autre, les pétrissant, les pétrissant, roulant sans cesse entre leurs doigts cette matière ingrate et pauvre qu’elles avaient extraites de leur vie (ce qu’elles appelaient « la vie », leur domaine), la pétrissant, l’étirant, la roulant jusqu’à ce qu’elle ne forme plus entre leurs doigts qu’un petit tas, une petite boulette grise.

POUR UN OUI OU POUR UN NON
Éditions Folio Théâtre, première publication 1982, première représentation 1986 , 96 pages

Les points de suspension qui jalonnent le texte en disent long. Ces silences entre ces espaces, les non-dits et les rancœurs vont voler en éclat dans cette courte pièce pour faire face à tout ce qui peut pourrir les amitiés.

Nathalie Sarraute propose deux protagonistes amis qui de par leur paroles échangées reviennent sur d’autres moments où ce qui a été dit ou n’a pas été dit a forgé un malaise. Les phrases courtes entrecoupées d’une ponctuation très présente décrivent la chape de plomb qui s’abat sur les deux hommes.
Je renoue avec l’autrice grâce à ce titre qui par sa brièveté et son universalité décrit les méandres des relations humaines.

H.2. – Eh bien, c’est juste des mots…
H.1. – Des mots ? Entre nous ? Ne me dis pas qu’on a eu des mots… ce n’est pas possible… et je m’en serais souvenu…
H.2. – Non, pas des mots comme ça… d’autres mots… pas ceux dont on dit qu’on les a « eus »… Des mots qu’on n’a pas « eus », justement…On ne sait pas comment ils vous viennent…

***

On se retrouve chez Moka, Lili, Mag, Lolo, L’Ourse bibliophile, Madame Lit, Mumu, Alice , Katell 

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32 réflexions sur “Nathalie Sarraute

  1. Mokamilla dit :

    JE
    DÉTESTE
    LE
    NOUVEAU
    ROMAN.

    Après cette intervention constructive, je n’ai jamais pu comprendre ces œuvres que je trouve hermétiques à souhait. Toute cette clique-là pourrait sans trop d’efforts me faire détester la littérature tant elle m’insupporte. Leurs « romans » sont d’une froideur et d’une platitude qui m’a toujours agacée au plus haut point. (Dixit l’étudiante en lettres traumatisée par Robbe Grillet et Claude Simon.) Seule Sarraute pourrait trouver grâce à mes yeux mais pas avec les titres que tu présentes ici. *Fin de la diatribe *

    Aimé par 3 personnes

  2. Natiora dit :

    Une deuxième lecture qui sauve l’honneur !
    Je ne connais pas bien le genre du Nouveau Roman, mais j’avais lu La modification de Michel Butor qui est une des œuvres les plus emblématiques. Cela raconte les pensées d’un homme qui voyage en train et quand j’essaie de me souvenir des circonstances dans lesquelles je l’ai lu, je me vois dans un wagon alors que je sais pertinemment que j’étais à Lille, au mieux dans le métro ^^ C’est donc une lecture qui avait plutôt bien marché 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. maghily dit :

    Héhé, comme toi, j’avais relu « Tropismes » il y a quelques années [plus aucun souvenir non plus] et cela ne m’avait pas transcendée. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de relire les livres étudiés en romanes dont je n’ai aucun souvenir… C’est qu’il y a une raison !
    [mais bon, je suis contrariante alors pas sûre de tenir cette résolution ;)]

    En me promenant sur mon GR pour trouver des idées pour la saison 3, j’ai vu qu’en fait, j’avais déjà lu « Enfance » et vraiment pas aimé [d’ailleurs, quelle nuche, j’ai pas du tout pensé à utiliser le thème de cette façon, ça m’aurait permis de l’évacuer !].

    Bref, Sarraute, c’est pas ma copine non plus ! 😉
    [Et je préfère les parenthèses aux points de suspension :D]

    Aimé par 1 personne

  4. L'ourse bibliophile dit :

    Je fais partie de celles qui ne l’ont jamais lue, mais le Nouveau Roman ne m’enthousiasme guère. La recherche littéraire pure ne m’intéresse pas vraiment, j’ai besoin d’immersion, de personnages, de quelque chose de plus chaleureux, de plus impliqué. Donc tu ne me donnes pas vraiment envie d’essayer. Peut-être le jour où je n’aurai plus rien à lire ! ^^

    Aimé par 1 personne

  5. Alice dit :

    Alors vraiment je ne pensais pas être tentée par Sarraute, mais l’extrait de Tropismes que tu cites me plaît pas mal, en lecture à haute ça pourrait être sympa à faire. Je note donc, contre toute attente 🙂

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