Voyage au bout de la nuit – Louis-Ferdinand Céline 

Autant pas se faire d’illusions, les gens n’ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c’est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous.

Les premiers mots

Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait parler. Arthur, un étudiant carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C’était après le déjeuner. Il veut me parler.

Bardamu n’aime pas la guerre. Ne la comprend pas, ne la digère pas et surtout exècre au plus haut point les hommes qui sont aux commandes. De retour des tranchées, il part pour les colonies et là c’est un autre genre de personnes qu’il déteste, les colonisateurs. Pour lui, le mal est le même. Aucun n’est à sauver, tout est pourri.

-Mais c’est impossible de refuser la guerre Ferdinand! Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger…
– Alors vivent les fous et les lâches! Ou plutôt survivent les fous et les lâches!

« Voyage au bout de la nuit » est un récit d’aventures, d’ici ou d’ailleurs, mais c’est surtout un récit sur l’errance. Bardamu ne se pose jamais, explore sans cesse sans réelle attache ou si peu. Tout le monde en prend pour son grade, que ce soit les officiers, la société américaine, les femmes… Déçu et désabusé, il n’arrive pas à trouver sa place ni en tant que citoyen ni en tant que médecin. « À mesure qu’on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer tout exprès pour vous. »

Il m’aura fallu le thème de ce mois, « Les gros.ses dégueulasses« ; pour que je me décide à enfin lire Céline et que je mette mes aprioris de côté. De ce texte, je ne connaissais que les extraits les plus connus et j’ai pu enfin me frotter à toute la complexité qui se cache derrière ce pavé de plus de 500 pages. Ce serait fabuler de penser que j’ai lu ce texte avec un intérêt constant. Ma lecture s’est plutôt rapprochée d’une sensation de montagnes russes, étant exaltée sur les passages de la guerre, m’étant ennuyée dans les colonies et passionnée lors de ses aventures en tant que médecin à Rancy. De mésaventures en mésaventures, racontées avec ce style maintes fois imité, Voyage au bout de la nuit désarçonne. M’a désarçonnée. Plus d’une fois. En criant soit génie soit à l’ennui.

Placer Céline dans les gros dégueulasses était une évidence. De part la réception de ce livre qui ne s’est pas fait sans heurts. Pressenti pour le Goncourt de 1932, Céline sera au cœur d’une bagarre entre ses détracteurs et ses admirateurs. Mais aussi de part l’homme qu’il était et ses actions fort peu recommandables que l’on connait. L’auteur pourra tout de même s’enorgueillir de rafler la même année le Prix Renaudot.

Et vous, votre relation avec Céline? Elle se rapproche de la passion ou de la haine?

(Vanessa, je connais déjà ta réponse 😁

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline
Éditions Gallimard, collection Folio
512 pages, première publication en 1932
Les Classiques c’est fantastique

Le site « Sens critique » a recensé 15 œuvres classiques censurées, peut-être aurons-nous droit à quelques billets cette semaine? Les billets de : Moka / Mag / Natiora / Pativore / Lolo Coste / Lili / Mumu /Margot / Fanny (dans le Manoir aux livres) / Madame Lit / Alice / Katell / L’ourse bibliophile

45 réflexions sur “ Voyage au bout de la nuit – Louis-Ferdinand Céline 

  1. Mokamilla dit :

    Céline… Évidemment. Lu deux fois à la fac où je l’ai découvert.
    Détesté la première fois, copie revue à la deuxième lecture.
    L’idée de montagnes russes convient parfaitement.
    Je suis ravie qu’il fasse partie de la sélection. Et bravo encore pour ce pavé !

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    • mespagesversicolores dit :

      Je comprends très bien ta répulsion.
      Je me suis aussi questionnée. J’ai la même défense pour certaines œuvres réalisées par des auteurs contemporains.. dois-je les lire/regarder si je sais que ces hommes (ou femmes) ont des valeurs radicalement opposées aux miennes (ou qu’ils sont censés croupir en prison et qu’ils continuent à tourner des films..)
      Bref. Ca questionne pas mal.

      J’aime

  2. Mumu dans le bocage dit :

    Moi j’ai choisi de découvrir l’enfant avant l’homme et j’explique pourquoi dans ma chronique mais je vois que Céline a été choisi par plusieurs d’entre nous…… Gros dégueulasses = Céline mais je voulais franchir la frontière et ne découvrir que la plume. J’ai survolé ta chronique car Le voyage sera ma prochaine lecture de lui et je pense que le voyage sera plus sombre qu’avec son enfance…… Mais au moins ensuite je pourrai en parler, de lui, de ce « gros dégueulasse » mais en connaissance de cause d’autant que je continue à le découvrir dans un autre ouvrage biographique à la manière de LFC, illustré et dont je parlerai bientôt 🙂

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  3. Natiora dit :

    L’idée des montagnes russes est bien vue ☺️
    Je fais résolument partie de ceux/celles qui savent dissocier l’être et l’œuvre. C’est dommage de passer à côté de Céline parce que c’était un « gros dégueulasse. » Je travaille mon homme au corps pour ça, je l’aurai un jour, je suis sûre que le Voyage lui plairait beaucoup !
    En tout cas je suis très contente que tu aies lu et apprécié cette expérience littéraire 😊

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    • mespagesversicolores dit :

      Je viens de noter à Lolo Coste que j’ai plus de mal à dissocier l’oeuvre et l’artiste pour les personnes contemporaines. Sans rentrer dans le débat, Polanski et autres me dégoutent à un point que je ne peux plus regarder leurs oeuvres.
      Ici je me suis questionnée et j’ai passé outre, je suis contente de l’avoir lu avec un regard extérieur, en essayant de m’attacher à sa littérature et en mettant de côté l’homme.

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  4. Eve-Yeshé dit :

    je l’ai lu il y a longtemps, je me souviens essentiellement d’une lecture laborieuse, mais je n’ai pas vraiment détesté (au départ j’étais persuadée de haïr !! car Céline l’homme me révulse) et je me souviens très bien de Bardamu
    je ne voulais pas rester sur un a priori…
    je m’étais même promis de lire « Mort à crédit » mais…

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  5. maghily dit :

    J’avais dû lire « Mort à crédit » qui est raconté du point de vue de Bardamu, enfant.
    Rien que là, déjà, ça partait mal puisque je n’aime pas trop les narrations qui nous placent dans la tête des gosses, surtout si on leur prête un vocabulaire très oralisé. Je l’avais trouvé extrêmement vulgaire, sale,… Brrr… En y repensant, dégueulasse lui sied parfaitement 😀
    Et comme en plus, c’était une lecture imposée, tu comprends donc que je l’ai détestée ! 😉

    Ton avis ne me convainc pas suffisamment pour lui redonner une seconde chance mais je suis contente d’enfin savoir de quoi parle réellement Voyage au bout de la nuit ! 😉

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  6. Sunalee dit :

    Je l’ai lu, à l’époque lointaine où j’ai lu plein de classiques (quelque part à la fin des années 1980 et au début des années 1990). Je n’en ai pas gardé un grand souvenir…. Je me dis que c’est normal avec tout ce temps, mais quand je compare, « Les liaisons dangereuses » m’ont clairement laissé une impression bien plus forte.

    Aimé par 1 personne

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