Shuggie Bain – Douglas Stuart 

Et toi, tu peux être comme les autres garçons. On pourra être tout neufs.

Les premiers mots

C’était une journée morne. Son esprit l’avait abandonné ce matin-là, laissant errer son corps vide. Il suivait sa routine, apathique, pâle, le regard éteint sous les néons fluorescents, tandis que son âme flottait au-dessus des rayons en ne pensant qu’au lendemain. Le lendemain, ça faisait quelque chose à espérer.

Pour survivre à l’alcoolisme de leur mère, les enfants d’Agnès ont leur techniques. Pour Catherine, ce sera la fuite dès son plus jeune âge. Pour Leek, le dessin sera son salut pour ne pas sombrer. Mais pour Shuggie, le petit dernier, il est hors de question de partir. Bien trop jeune et encore attaché à elle et à ses promesses, il voudra être celui qui ne l’abandonne pas.

Elle n’était d’aucune utilité pour finir un exercice de maths et certains jours on avait le temps de mourir de faim avant qu’elle prépare un dîner mais Shuggie la regarda et comprit que c’était en ça qu’elle excellait. Chaque jour elle ressortait de sa tombe, maquillée et coiffée, et redressait la tête. Quand elle s’était ridiculisée la veille, elle se relevait, mettait son plus beau manteau, et faisait face au monde. Quand elle avait le ventre vide et que ses mômes avaient faim, elle se coiffait et faisait croire au monde entier qu’il n’en était rien.

Roman social et familial, Shuggie Bain dépeint une famille comme il en existe tant d’autres où l’alcoolisme fait des ravages, où les boulots sont mal-payés et où les gestes déplacés sont monnaie courante…
En lisant cette histoire, plus d’une fois je me suis mise à penser que l’auteur, Douglas Stuart était peut-être un digne héritier de Zola, tant sa capacité à décrire les bas-fonds et la misère humaine de Glasgow touchait juste et qu’il se rapprochait au plus près de la vérité.

À la différence du grand écrivain, Stuart a le don pour amener des dialogues rythmés et empreints d’un humour qui m’a particulièrement plu. Ce premier roman est donc une merveilleuse promesse pour la suite de la carrière de cet écrivain.

Et comme si toute cette misère n’était pas suffisante pour rendre la vie de famille impossible, Shuggie sent en lui, une différence qu’il est incapable de nommer mais que les autres ont remarqué bien avant lui. À cause de sa façon de marcher et de s’exprimer qui dérange les gamins du coron, il est vite harcelé et tabassé à la moindre occasion. Sans en faire un sujet central, l’auteur exprime avec délicatesse les problèmes que peut engendrer la découverte de l’identité sexuelle quand celle-ci va à l’opposé de ce qui est socialement admise. Dans les années 80, il n’est pas bon ton de sortir de la norme.

Il sentait que quelque chose n’allait pas. Quelque chose à l’intérieur de lui était monté de travers. C’était comme si tout le monde pouvait le voir et que lui seul était incapable de dire ce que c’était. Ce n’était pas seulement une différence, c’était une tare.

Comme Shuggie, j’ai espéré que toute cette merde de vie allait arrêter pour que mère et fils profitent enfin d’une vie saine et reposante. Agnès est ce genre de femme sur qui tout le monde se retourne, soit par envie soit par jalousie et le premier qui l’admire c’est encore et toujours Shuggie, qui même dans les pires moments sera là à l’aimer d’un amour inconditionnel.

Shuggie Bain de Douglas Stuart
Traduction de l’anglais (Écosse) par Charles Bonnot.
Éditions Globe
496 pages,
août 2021
Lauréat du Booker Prize 2020

22 réflexions sur “ Shuggie Bain – Douglas Stuart 

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