Journal d’un écrivain – Virginia Woolf

Je peux maintenant écrire, écrire, et encore écrire. C’est la sensation la plus délicieuse qui soit au monde.

Les premiers mots

1918
Lundi 5 août
En attendant de faire l’achat d’un cahier où je consignerai mes impressions sur Christina Rossetti pour commencer, puis sur Byron, je vais noter tout cela ici. D’abord il ne me reste plus beaucoup d’argent car j’ai fait des folies avec Leconte de Lisle. Le grand mérite de Christina, c’est d’être un poète-né, ce dont elle semble bien avoir conscience.

De Virginia Woolf, je n’avais lu que son essai « Une chambre à soi » et j’avais de suite été séduite par cette grande dame, tant au niveau de son écriture que de sa vie privée. Il y a quelque chose de magnétique qui m’attire chez elle (tout comme pour Sylvia Plath, allez savoir pourquoi les destins tragiques des grands noms de la littérature me passionnent…)

Dans Journal d’un écrivain, elle écrit évidemment son quotidien mais s’attarde aussi sur son travail d’écrivaine et d’éditrice et insère des pans plus personnels, notamment quand elle parle de sa mélancolie. Ce journal est une merveilleuse porte d’entrée dans la vie de Woolf et on l’imagine aisément avec son mari et ses ami.e.s. Certains passages sont assez cocasses, notamment ceux où elle descend en flèches des classiques, comme son contemporain Ulysse de Joyce.

Elle dit le processus d’écriture ainsi que l’après, quand le livre est sorti et que les premières critiques lui parviennent. On assiste dès lors à des sentiments contradictoires comme pour la sortie de Mrs Dalloway, d’un côté elle a confiance en ce livre, de l’autre, elle doute à chaque retour. C’est fascinant de comprendre comment elle abordait ses livres et comment elle les ressentait. Fort sensible par rapport aux critiques qu’elle reçoit de ses livres, celles-ci pouvaient soit la démolir ou lui donner des ailes. Elle évoque aussi le besoin permanent d’avoir l’avis de son mari, Leonard, sur ses livres.

Je viens de prendre ma dose de phénacétine – c’est-à-dire une critique suavement défavorable de Lundi ou Mardi dans le Dial que m’avait signalée Leonard, et d’autant plus déprimante que j’avais escompté une approbation de ces augustes sphères. On dirait que je ne réussis nulle part. Cependant, je suis heureuse de constater que j’ai acquis un peu de philosophie. Je me sens libre. J’écris ce que j’aime, un point c’est tout. Au reste, et Dieu m’en est témoin, on m’accorde même une certaine considération.

Virginia Woolf écrivait beaucoup et ne s’arrêtait jamais sauf en cas de grosses fatigues. Tout ce bouillonnement est intéressant, dès qu’elle terminait un livre, elle en avait un second sur le feu et mille idées pour les prochains.

Recouvrant une période de 1918 au 09 mars 1941 ( elle se suicida le 28 mars), ce journal permet de balayer des années d’écriture intense ainsi que la vie en-dehors où les premières rumeurs de guerres émergent. Dans la préface écrite par son mari, celui-ci explique qu’il a rassemblé les cahiers de son épouse et qu’il a dû faire des choix éditoriaux, comme celui de ne pas mettre les vrais prénoms ou d’éviter certains passages où des personnes encore vivantes pouvaient se trouver.

Ce Journal m’a énormément passionné pour le caractère intime mais aussi sur tout ce qu’il abordait concernant le métier d’écrivain. Un vrai plaisir, (j’en atteste les quelques pages cornées…)

En cette fin du mois de septembre, avec Moka, on met à l’honneur les écrivain.e.s qui se racontent et comme toujours, on peut compter sur la dream-team classique pour nous présenter leurs choix : Natiora, Lolo , Mumu, Sandrine, Une comète, Lili, Céline, Magali, Alice, Pativore, L’Ourse Bibliophile

Journal d’un écrivain de Virginia Woolf
Éditions 10/18
576 pages,
2000 pour la présente édition, 1953 pour la publication originale (journaux rassemblés par le mari de V. Woolf, Léonard Woolf)
Féminisme en mots / Les classiques c’est fantastique

23 réflexions sur “ Journal d’un écrivain – Virginia Woolf

  1. Mumu dans le bocage dit :

    Pour moi Virginia Woolf est Ma référence littéraire et son journal m’a permis de découvrir une femme, sa sensibilité et son humour, une écrivaine infatigable et exigeante avec elle et avec les autres. On ressent dedans malgré tout ses variations d’humeur mais qui n’en a pas…. J’aurai aimé lire ce que Léonard a jugé bon de supprimer… Ce journal je l’ai dégusté, savouré et j’ai aimé me glisser dans son quotidien d’écrivains… Je publie dans la matinée ma chronique sur le thème 😉

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  2. maghily dit :

    Tant que tu te passionnes pour les destins tragiques sans vouloir les copier sur toute la ligne, ça va ! 😉

    Olalala, tu me donnes encore plus envie de lire son journal ! 🙂
    Je suis admirative de ces personnes qui fourmillent d’idées et parviennent à les mettre en mots. Et c’est fou de voir qu’elle considérait n’arriver à rien alors qu’aujourd’hui, c’est une figure majeure de la littérature.

    J’ai récemment trouvé deux de ses romans chez PM (c’était jour de fête !).
    Hâte de m’y plonger en attendant d’acheter son journal.

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  3. Natiora dit :

    C’est une femme et écrivain pour qui j’ai beaucoup d’admiration. J’aime sa faculté à coucher par écrit toutes les pensées et réflexions qui la traversent (et celles de ses personnages). Avec ce que tu dis de son journal je retrouve ce qui m’avait fasciné dans Un lieu à soi. Je le lirai volontiers.

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  4. L'ourse bibliophile dit :

    Je n’ai jamais lu cette autrice, j’ai souvent lu des personnes n’étant pas allées au bout (les commentaires ici en attestent) et j’ai peur de ne pas y être sensible non plus alors que ce que j’ai pu lire d’elle autrement m’attire beaucoup. Donc je suis dans une sorte de dualité de sentiments qui fait que je ne l’ai pas encore lue. Mais je vais garder quelque part cette idée du journal qui sera peut-être une bonne porte d’entrée sur son oeuvre. Ta chronique est en tout cas persuasive !

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