Germinal – Emile Zola

Fichez-moi donc la paix, avec votre évolution ! Allumez le feu aux quatre coins des villes, fauchez les peuples, rasez tout, et quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être en repoussera-t-il un meilleur.

Les premiers mots

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.

Dans la nuit, Étienne Lantier erre de ville en ville à la recherche d’un travail pour survivre. Plus une croûte à se mettre sous la dents, pas un boulot à l’horizon, toutes les usines ferment les unes après les autres et celles qui résistent baissent les salaires de ses ouvriers et ceux-ci meurent de faim. Dans ce marasme, notre héros trouve un poste à Montsou suite au décès d’une des ouvrières et le voilà parmi ces hommes et ces femmes du fond de la terre, à apprendre un métier qui n’est pas le sien. Très vite, Catherine, une jeune fille, lui paraît différente des autres, avec ses allures de garçon, frêle et tout de même vaillante, elle va lui proposer son aide en ce premier jour dans la mine.

Étienne, galvanisé par son ancien contremaître, tente de persuader les mineurs de créer une caisse de prévoyance, de se serrer les coudes face aux patrons qui les tuent petit à petit.
Pour ne pas subir la honte de ne rien connaître, Étienne s’instruit sur le mouvement socialiste qui commence à gronder et arrive à soulever les troupes pour que tout doucement la révolution se mette en marche, quitte à perdre quelques plumes.

Les têtes, vidées par la famine, voyaient rouge, rêvaient d’incendie et de sang, au milieu d’une gloire d’apothéose, où montait le bonheur universel. Et la lune tranquille baignait cette houle, la forêt profonde ceignait de son grand silence ce cri de massacre.

Il faut oser plonger la tête la première dans la nuit noire, dans le charbon qui broie et qui dévore les hommes. Il faut oser lire les combats de ces hommes et de ces femmes qui ne désirent qu’une once de dignité pour vivre et qui sont prêts à tous les sacrifices. Ces pages sont d’une noirceur absolue comme les visages des personnages au sortir du trou de la terre. Zola dit tout de l’horreur de vivre dans les corons où la promiscuité et la saleté sont monnaie courante, où la faim s’ajoute à la fatigue. Le ton révolutionnaire porté par Lantier (et les autres…) a le don d’enflammer les foules et de donner à lire des pages de combats où la solidarité est leur seule arme.

Entre grève et famine, les mineurs vont devoir faire des choix. Le combat entre bourgeois et ouvriers se fait ressentir par tous les pores de la terre et les différences font mal, c’est presqu’un supplice de découvrir leurs repas quand d’autres crèvent sous leurs yeux.

Lire L’assommoir m’a permis de comprendre les liens généalogiques et certains penchants pour la boisson de la famille de Lantier. Ce deuxième Zola est encore plus puissant que le premier, j’en suis sortie soufflée, littéralement alors que je connaissais le film. Mais la lecture, beaucoup plus forte et plus détaillée, offre une vision d’ensemble quand le film se penche surtout sur l’histoire entre Lantier et Catherine.

On se retrouve chez : Moka / Natiora / Alice / Katell / Héliéna / Magali

Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre.

Germinal d’Émile Zola
Édition J’ai lu
1885 pour la première publication
Adapté en film par Claude Berri en 1993, avec Renaud, Gérard Depardieu, Miou-Miou, Judith Henry….
Les Classiques c’est fantastique

Emile Zola à travers les Pages Versicolores : L’assommoir / Au bonheur des dames – illustré / Les Zola

27 réflexions sur “ Germinal – Emile Zola

  1. Mokamilla dit :

    C’est puissant n’est-ce pas? Tous les RG (enfin ceux que j’ai lus) n’ont pas tous ce même sens de la dramaturgie et des grands coups d’éclat mais je ne me lasse pas de cette fresque assez dingue. Pour les liens entre les membres de la famille, les tares qui se transmettent, les vices qui s’expriment d’une manière ou d’une autre, c’est assez fabuleux de voir à quel point Zola a pensé à tout et a magistralement construit son Oeuvre. Ce type est un génie. Rien de plus.

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  2. maghily dit :

    Celui-ci ne me tentait pas plus que cela à priori mais ta chronique attise ma curiosité et me fait penser (de très loin mais quand même) au livre de Sorj Chalandon qui parlait aussi de mineurs.

    Décidément, tu vas parvenir à me donner envie de reprendre ma lecture des Rougon-Macquart ! 🙂

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  3. Alice dit :

    Très envie de le relire. Je l’ai découvert par un court extrait en primaire puis plus largement au collège et j’en garde un souvenir assez flou mais non moins très bon. Comme L’ourse Bibliophile, j’avais entrepris de reprendre les RM dans l’ordre mais… XD

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