Vagabondes, voleuses, vicieuses – Véronique Blanchard

À lire les motifs d’ordonnances de la justice des enfants, il apparait que les parents – et la société toute entière – ne sont pas prêts à laisser trop de liberté à leurs filles.

Les premiers mots

Pour beaucoup d’entre nous, en ce début du XXIe siècle, il semble admis que la sexualité et le genre relèvent d’une construction sociale et historique, tant individuelle que collective. À l’heure où la dénonciation de la domination masculine se fait plus virulente, et où les modes de procréation sont repensés, réduire la femme, biologiquement et essentiellement, à son rôle de mère, n’est plus de mise pour la la majorité de nos citoyens.

Cet essai, hyper documenté, est une mine d’or sur le traitement des jeunes filles des années 1950 et 1960 quand celles-ci sortent des rangs et deviennent comme les juges et assistant.e.s les nomment « vagabondes, voleuses et vicieuses ». Jolis termes pour décrire ces mineures.

Il s’attache à expliquer les origines « du mal » en proposant de disséquer les cellules familiales de ces filles et pointe dans les rapports de police les stéréotypes de genre, les accusations systématiques de la Mère qui serait la cause de tout.

Dans ces rapports justement, l’autrice, qui a travaillé dix ans sur ce sujet, recense les descriptions faites des parents, de la maison, des relations inter-familiales.

Ce livre permet de se questionner sur le faible taux de délinquantes comparé aux nombres d’hommes arrêtés. Que dit la sociologie pour expliquer que les femmes sont « moins » violentes? Avec cette lecture, nous comprenons que, non, elles ne sont pas moins portées sur les coups mais c’est tout un système de répression qui les serre et qui les empêche de jouir de liberté. Dès les premiers émois amoureux, on constate que les parents sont effrayés du caractère « volage »,  » vicieux » de leurs filles et celles-ci sont immédiatement contraintes de rester à la maison, quand elle ne sont tout bonnement pas envoyées dans des hôpitaux psychiatriques. (Et rester à la maison, pour la plupart, relève de la survie tant les conditions sont empreintes de violences). Cependant, ces questions de savoir ce qu’il se passe entre les murs de leurs habitations sont rarement évoquées et les sous-entendus de viols ne sont jamais pris au sérieux.

Les garçons seraient éduqués dans la valorisation de la virilité, de la force et, dans une certaine mesure, poussés à des attitudes plus agressives et violentes que leurs comparses. Les petites filles, elles, seraient amenées à reproduire les qualités de douceur et de compréhension liées au rôle maternel qui leur est assigné.

La colère de ces jeunes fille est niée, la violence ne serait que d’ordre psychique et ne relèverait que de fragilités psychologiques. On les enferme dans des institutions plutôt que de les conduire en justice. Il faut aussi lire les articles de journaux qui recensent certains faits divers en sexualisant au maximum ces jeunes filles, en les déresponsabilisant, en leur ôtant toute forme de réflexion et en amenant souvent des pseudo-théories qui ont tôt fait de stéréotyper encore plus les femmes.

Un essai de plus de 300 pages documenté à souhait par des extraits de rapports, de témoignages et un questionnement pertinent sur les traitements de ces jeunes filles et l’image de leur violence.

Dans une suite toute logique, vous pouvez écouter l’excellent podcast de Charlotte Bienaimé  » Des femmes violentes »

L’avis de Bénédicte.

Vagabondes, voleuses, vicieuses de Véronique Blanchard
Éditions Les Pérégrines, Collection Genre!
328 pages, septembre 2019
Essai

22 réflexions sur “ Vagabondes, voleuses, vicieuses – Véronique Blanchard

  1. uneviedevantsoi dit :

    Ton article m’a passionnée, je m’empresse de noter ce titre. Ma mère me parlait de plusieurs filles de sa petite ville au parcours similaire. Cela m’a toujours interrogée, leur nid familial etc. Un essai en plus, idéal.

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  2. maghily dit :

    Au fur et à mesure que je te lisais, je me disais : « Hey mais ce bouquin tombait bien avec la sortie du nouveau « Un podcast à soi » et puis j’ai vu ta dernière phrase ! 😉

    Ce livre a l’air vraiment très intéressant et je ne connaissais pas du tout cette maison d’édition.
    Je suis contente que tu te sois finalement ouverte aux essais, tu me fais découvrir plein de pépites dans ce genre également 🙂
    (Par contre, c’est beaucoup trop de tentations alors que je suis en no-buy jusque fin août, il va falloir arrêter maintenant ! ;))

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    • mespagesversicolores dit :

      Mon ouverture aux essais te doit beaucoup 😁

      Je ne connaissais pas du tout non plus cette maison, mais j’ai été voir les autres publications et ça a l’air tout aussi intéressant. D’ailleurs je me demande si Les yeux gourmands ( là où j’ai acheté cet exemplaire) aurait d’autres titres.

      No-buy jusque fin août ?! Pile pour la rentrée littéraire.
      Mon mois de non-achat se termine fin du mois, je suis contente 😁

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  3. flyingelectra dit :

    ah oui, je pense toujours à celle dont la vie est devenue un film – en fait même deux films, à l’époque les femmes qui voulaient être libres étaient souvent jugées pernicieuses, vénales, dangereuses ou malades. J’ai vu sur Youtube des vidéos datant des années 60 et 70 de jeunes femmes en hôpital psy à qui on colle l’étiquette de malade mentale alors qu’il s’agit de simple dépression .. le travail fut long mais combien d’entre elles ont été broyées ??

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  4. Natiora dit :

    J’adore la couverture, cette fille en dit tellement d’un geste et d’un regard.
    Je suis particulièrement intéressée par la partie « ’tout un système de répression qui les serre et qui les empêche de jouir de liberté », j’aimerais creuser cette réflexion mais tout le reste m’a l’air passionnant aussi. Je note !

    Aimé par 1 personne

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