Les collectionneurs d’images – Jóanes Nielsen

Le cercueil fut ramené au pays par cargo et, parmi ceux qui écrivirent un éloge funèbre, il y eut Kári.

Les premiers mots

Djalli fut le premier à mourir de la classe d’âge 1952 de l’école Saint-François. Son véritable prénom était Djóni, mais les élèves ne l’appelaient jamais que Djallo, et peu à peu, les nonnes aussi se mirent à utiliser ce surnom particulier, aux sonorités vibrantes. Et Djalli ressemblait assez à son surnom. Si, d’après un son, on essayait de s’imaginer une ambiance, alors djaller pourrait avoir quelque chose à voir avec la légèreté et la fuite. Dès ses onze ans, il mourut d’une méningite.

Ils sont six garçons et cinq d’entre eux mourront, quatre assez jeune, le cinquième beaucoup plus tard. Le sixième reste en vie et est le témoin de la disparition de ses amis. Connaitre les raisons de leurs morts n’est pas primordiale, ce qui l’est en revanche c’est de découvrir leurs vies, celles de leurs parents et les liens qui les unissent.

Ces garçons, collectionneurs d’images pendant leur temps libre, se sont rencontrés dans une école dirigée par des nonnes où la sévérité et l’autorité étaient deux principes cruciaux. Avec le premier de ces gamins, Djalli, on découvre l’atmosphère de l’école, les chamailleries, les punitions corporelles et l’amitié naissante. Avec les autres, c’est l’adolescence et les premières expériences amoureuses et sexuelles, c’est la vie d’adulte qui s’offre à eux, sur l’île ou sur le continent, ce sont les rapports familiaux tendus et les secrets de familles connus par les insulaires et non par les personnes concernées.

Pendant la lecture de ce beau pavé, j’ai eu cette impression de bien-être. Non que ce soit un roman léger et joyeux mais cette sensation venait de cette faculté à entrer dans la vie de ces personnages, de pouvoir les connecter facilement les uns aux autres et de découvrir leurs familles.

Dans sa prière du soir, Friðrikur rendait toujours grâce pour la journée passée, et d’habitude, il remerciait aussi Dieu pour la vie. Il lui demandait de sarcler les fleurs noires qui poussaient sur la folie de sa grand-mère, et depuis des années déjà, il priait également pour sa mère. Mais, à cet instant près de la tombe, il se sentait oublié, et les larmes qui coulaient le long de ses joues n’étaient que d’amères larmes d’impuissance.

Jóanes Nielsen rapporte sur plus de quarante ans la destinée de ces six garçons originaires des îles Féroé en mettant l’accent sur leurs vies intimes, leur relation avec la masculinité, entre des images de pères à la limite de la misogynie et de l’homophobie et la volonté pour ces garçons de se défaire de ces carcans. L’auteur exploite aussi les envies d’indépendance et de liberté, entre tradition féroïenne et domination danoise.

Lire Les collectionneurs d’images c’est vivre pendant 440 pages sur cette île lointaine et découvrir un pan historique de cet archipel indépendant, grâce aux mots de Joanes Nielsen.

Entretien de Julien Delorme avec la traductrice à lire ici.

Les collectionneurs d’images de Jóanes Nielsen
Traduit du danois par Inès jorgensen
Éditions La Peuplade
480 pages, avril 2021

17 réflexions sur “ Les collectionneurs d’images – Jóanes Nielsen

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