Il est juste que les forts soient frappés – Thibault Bérard

On est bien, tous les deux. On se nourrit l’un de l’autre avec un appétit de lionceaux. On rit très fort, on fait beaucoup l’amour, on déconne à pleins tubes – la vie hurle et c’est bon.

Les premiers mots

J’imagine que vous serez d’accord: ce que tout le monde veut, dans la vie, c’est laisser une trace, non? Résister à l’oubli éternel?
Eh bien le scoop, mes amis, le truc pas croyable que je vais vous annoncer ici, dans ces pages et même dès la première, c’est que le but ultime de tout le monde, dans la mort, c’est exactement l’inverse: se faire oublier des vivants. Couper le cordon une bonne fois avec l’avant pour, enfin, accéder à cette absolue félicité, ce repos parfait des sens et de l’esprit dont on nous rebat les oreilles depuis les siècles des siècles.
Avouez que ça remet les choses en perspective.

Il y a eu Mad et Dalt.
Il y a maintenant Moineau et Lutin, ou plutôt Sarah et Théo.

La phrase s’affiche tel un blason en lui. Et elle lui semble parfaitement logique, évidente – appropriée, là encore. Il est juste, oui, précisément parce c’est plus injuste que tout ce qu’on puisse imaginer, plus absurde, plus cruel, et donc plus éloigné de l’entendement des simples mortels, que lui et moi, qui sommes jeunes, pleins de vie, si forts, nous soyons frappés. Nous plutôt que d’autres, qui ne s’en relèveraient pas.

J’aime lire ce genre d’amour-là. Celui qui fait voir la vie autrement, celui qui dit le tout, l’important, le beau. Ces deux livres se complètent merveilleusement bien, on y retrouve les mêmes ingrédients qui font mouche chez la lectrice que je suis : de l’humour, du cynisme, de la prise de distance, un soupçon de romantisme, de la franchise, de l’arrogance face à la mort… 

Il y a dans le livre de Thibault Bérard une force qui se dévoile peu à peu. On commence par connaitre Sarah, morte, qui nous livre son histoire et celle de son beau Lutin face à l’affreux crabe qui s’est emparé de cette jeune femme.
Le sujet est effrayant et il pourrait même vous faire fuir mais osez aller à la rencontre de ces deux-là. Et puis de leur petit Prince et de leur Camille, leurs enfants. Deux histoires d’amour qui m’ont mise à terre, remuée au possible.

Et puis écoutez aussi Nick Cave. Oui écoutez « Into my arms » en lisant les mots de Moineau. Vous verrez, c’est magique.

– Il est juste que les forts soient frappés de Thibault Bérard, Editions de l’Observatoire, 2020, 304 pages – 

21 réflexions sur “ Il est juste que les forts soient frappés – Thibault Bérard

Si vous souhaitez me laisser une trace de votre passage...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s