Murène – Valentine Goby

Tous les jours on ampute François et des fantômes convoquent les manques, histoire qu’il en soit sûr: il est foutu.

Les premiers mots

La sortie des eaux
La nuit plaque des rectangles noirs aux vitres de la piscine. Face au bassin se tient François, très droit, immobile, pieds nus écartés sur le carrelage froid, dans l’odeur du chlore et le fracas d’un plongeon.

François, il était. Murène, il est devenu.

Historie de drame, un jour d’hiver 1956. Au mauvais endroit, au mauvais moment, avec une fougue dont seule la jeunesse est capable. François n’est juste pas mort, il est amputé des deux bras.
Histoire de pertes. Pertes de repères, de sensations, d’amour-propre, de tout. De toutes ces choses du quotidien, de tous ces frissons offerts par nos membres supérieurs.
Histoire de reconstruction. D’abord à l’hôpital, en compagnie de Nadine, son infirmière, puis de Mum, Sylvia, sa soeur. Ensuite il faut affronter la solitude des premiers jours. Se vouloir invisible, transparent. Seul puis ensemble. Car François ne peut rester indéfiniment dans cette chambre sans contact avec l’extérieur, il est en train de mourir à petit feu. Alors il part, à la montagne. Et cela le sauve, il découvre-là un lac, dans lequel il s’immerge, dans lequel il oublie ses membres amputés. A son retour à Paris, la natation s’impose à lui comme une évidence.
Histoire d’amitiés, celles qui élèvent l’âme, celles qui regardent au plus profond de l’être sans s’attarder sur le physique.

Il se demande si on se fait à ces visions de cauchemar. À la place réduite qu’on vous assigne, infirme parmi les infirmes.

Histoire de mots offerts par Valentine Goby. Ses mots qu’elle contrôle avec un talent fou. Cette résurrection qu’elle met en lumière, touche en plein cœur. Tout est maitrisé, les recherches sur les Jeux paralympiques, les informations sur les avancées de la chirurgie d’il y a plus de soixante ans, les membres fantômes, les douleurs. Tout est juste. Malgré quelques infimes longueurs, ce roman m’a séduit d’un bout à l’autre grâce à son François sublimé.

Au milieu de Mes Pages, vous trouverez d’autres romans de Valentine Goby : BanquisesKinderzimmerUn paquebot dans les arbresL’échappée

– Murène de Valentine Goby, Editions Actes Sud, 2019, 384 pages –

22 réflexions sur “Murène – Valentine Goby

  1. maghily dit :

    De base, le pitch ne me tentait pas du tout malgré le fait qu’il s’agit d’un roman de Valentine Goby… Et puis, encore une fois, tu parviens à me donner envie de succomber ! 😉

    Cette histoire fait penser à celle d’un jeune athlète actuel dont j’avais vu le portrait il y a quelques mois mais dont je ne me rappelle pas du nom.

    Aimé par 1 personne

  2. Marie-Claude dit :

    Je me suis cassée les dents sur « Kinderzimmer » et « Banquise ». J’ai comme un manque d’affinités avec son style. Je ne sauterai pas le pas, malgré l’intérêt du sujet, fort intriguant. De toute façon, mon quota d’auteurs français est atteint avec Jean-Paul Dubois, Arnaud Cathrine, Monica Sabolo et Mathieu Palain qui s’en viennent.

    Aimé par 1 personne

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