Kill the indian in the child – Elise Fontenaille

Me raser la tête, c’était un peu me tuer.
Tuer l’Ojibwé en moi.

Les premiers mots

L’été que j’ai passé avec mon père dans la forêt, au bord de l’eau, entre lac et rivière, avant d’aller au pensionnat, fut le plus bel été de ma vie.
Quand la souffrance me submerge, il me suffit d’y penser, d’évoquer ces jours et ces nuits paisibles passés avec lui dans les bois, et aussitôt un sentiment de bonheur m’envahit.
Mais cela ne dure jamais longtemps.

Bondir, courir, nager, être libre…la vie de Mukwa  semble idyllique. Ce bonheur est pourtant de courte durée. A onze ans, comme tant d’autres indiens, il doit partir un an dans un pensionnat canadien pour y apprendre l’anglais. La suite n’est que souffrance, humiliation, attouchements, privation, coups et tant d’autres sévices. Ce pensionnat, Sainte-Cécila, est dirigé par des nonnes et des prêtres aux pratiques plus que douteuses. Une seule volonté de leur part : tuer l’indien dans ces enfants (quitte même à tuer l’enfant tout court). Les longues tresses sont coupées, les conversations dans leur langue maternelle bannies…
Mukwa, appelé désormais Numéro Quinze, n’aura qu’une obsession, s’enfuir et vite pour éviter de mourir loin des siens.

– Tu n’as pas besoin d’avoir peur : nous sommes ici pour sauver ton âme.
A croire qu’il lisait dans mes pensées.
– Grâce à nous, tu échapperas à l’enfer. Sans nous, tu étais voué à la damnation éternelle. Mais ici, grâce à la bonté de Notre-Seigneur miséricordieux, tu es sauvé : nous extirperons le sauvage en toi.

Glaçant d’horreur. C’est l’expression qui m’est venue en tête après cette lecture. Elise Fontenaille explique qu’elle s’est inspirée d’une histoire vraie pour écrire ce livre. Dans sa postface, elle donne des informations qui font froid dans le dos :

  • Plus de 150 000 enfants indiens ont souffert dans ces pensionnats. Le dernier a été fermé en 1996…
  • 30 000 (au moins) y ont trouvé la mort.
  • « En 2015, après dix ans de travaux, une commission Vérité et Réconciliation a rendu public un rapport comportant des milliers de pages et des centaines de témoignages accablants. Ce document est intitulé Honouring the Truth, Reconcialing for the Future »

Cette lecture qui m’a prise au bas mot, une heure (voire moins) est un coup de poing. A chaque page où Mukwa décrivait son calvaire, une phrase hantait mon esprit: « Ce n’est pas possible« . Ces sévices n’ont pas pu se dérouler dans un pensionnat catholique, ces nonnes n’ont pas pu affamer ces enfants, ces prêtres n’ont pas pu violer ces garçons, ces hommes et femmes n’ont pas pu tuer des milliers d’innocents... Le pire étant que ces enfants ont perdu tout repère de leur histoire et de leur identité.

C’est un pan de l’histoire amérindienne qui m’était encore inconnu et j’ai depuis fait quelques recherches pour en connaitre davantage. C’est un des (nombreux) avantages de la lecture, nous faire prendre conscience du monde et nous pousser à le comprendre.

Comme l’énonçait Jérôme dans son billet, c’est une lecture dont on ne sort pas indemne.

Livre repéré chez Jérôme et Noukette.

– Kill the indian in the child d’Elise Fontenaille, Editions Oskar, 2017, 92 pages –

 

17 réflexions sur “Kill the indian in the child – Elise Fontenaille

  1. maghily dit :

    Je crois malheureusement que ce n’est qu’une toute petite facette des horreurs qui ont été commises (et qui sont encore commises) envers les Amérindiens. Comment avoir encore confiance en l’Homme après ce genre de lecture ?

    C’est un roman jeunesse ou un roman pour adulte ? Le thème me crie adulte mais le format du livre me fait hésiter.

    Aimé par 1 personne

  2. Marie-Claude dit :

    Tu sais à quel point c’est un sujet qui m’est cher. Ce pan de l’Histoire est terrible et révoltant.
    J’ai bien envie de lire le roman de Fontenaille (repéré chez Jérôme), malgré mes quelques réserves, que tu pourras confirmer ou non. Je crains, comme c’est souvent le cas, que le constat final, en refermant ce livre, soit: «les méchants Blancs et les pauvres Indiens». Ce qui est en grande partie vrai. Mais pour moi, le manichéisme est une façon de simplifier les choses… Tout n’est jamais uniquement noir ou blanc. Je lis un roman de Tomson Highway, un auteur et musicien cri du Manitoba. Son roman évite justement de tomber dans le piège du manichéisme, tout en abordant la question des racines, des pensionnats, de l’ostracisme, etc. Ça fait du bien! J’en reparlerai une fois terminé.

    Aimé par 1 personne

    • mespagesversicolores dit :

      Tes craintes sont tout à fait normales. ( Et je déteste quand les romans/histoires réduisent l’Histoire à cette façon).
      Ici, c’est un lvre « jeunesse » donc la concision est de mise, je n’ai pourtant pas ressenti, de la pzrt de l’autrice, de l’animosité les blancs, juste envers les coupables.
      Le livre que tu lis me fait de l’oeil ! 😉

      J'aime

  3. flyingelectra dit :

    je rejoins Marie-Claude et j’ai lu aussi beaucoup d’essais, donc des témoignages réels – je ne sais ps si la vie romancée me plaira mais tu sais que les tribus indiennes c’est mon dada …

    Aimé par 1 personne

  4. Lilly McNocann dit :

    Je ne connaissais pas du tout ce livre mais il me semble tout à fait indispensable… On ne compte plus les horreurs qui ont été infligées aux peuples natifs d’une région ou d’un territoire, et j’imagine que ces 92 pages doivent être terriblement denses !

    Aimé par 1 personne

Si vous souhaitez me laisser une trace de votre passage...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s