Déterrer les os– Fanie Demeule

Sentir que mon corps, une fois étendu sous la marée montante, n’est qu’à un fil de se dissoudre, de se diffuser en écume sur la crête des vagues.

Les premiers mots

Je t’ai déjà dit que je suis arrivée légèrement d’avance. Je pèse quatre livres. Je bronze sous l’incubateur pendant un bon moment, intubée comme un petit poulet qu’il faut vite engraisser.

Quand est-ce qu’on sait que c’est fini?

Cette haine de soi, cette perfection tant espérée et jamais atteinte, ces moments d’angoisse, ces palpitations cardiaques qui tuent à petit feu. 
Comment, s’aimer, enfin.
Ce corps qui se veut léger, transparent, invisible, qui se veut au-dessus de tous, devient un fardeau pour la narratrice. Depuis toute jeune, elle joue avec les excès: la nourriture (manger 6 pamplemousses d’affilée), faire plusieurs tours de manège sans s’arrêter, courir jusqu’à ce que les jambes ne la portent plus, boire immodérément.

Plus rien ne vient déranger mon esprit. Les désirs meurent en même temps que la faim. C’est la grande paix qui commence. Tout se simplifie. De semaine en semaine, je retourne au fond des choses.

Alors quand une nouvelle obsession entre en elle, elle s’engouffre pour ne plus en ressortir. L’anorexie s’insinue dans sa vie avec tous les déboires qui accompagnent cette maladie comme la volonté de ne plus rien ressentir, même les agressions, la volonté de disparaître, de déterrer les os afin de ne voir que les clavicules qui transpercent la chair.

C’est terriblement beau ce qu’écrit Fanie Demeule. Et terriblement juste. Comme tous les récits traitant de cette maladie, il faut connaitre son sujet pour ne pas commettre d’impairs et ne pas jouer sur la corde du misérabilisme.

Avec une écriture qui ne laisse rien passer, l’autrice nous invite à nous immiscer dans la tête de cette jeune fille depuis son plus jeune âge avec une facilité déconcertante. Autant dire qu’avec un tel talent, j’ai été complètement prise par ce récit court mais intense.

La littérature québécoise a, décidément, des talents dont les mots ont un don particulier pour me toucher et m’embarquer avec eux. J’en redemande.

– Déterrer les os de Fanie Demeule, Editions Hamac, 2016, 118 pages –

29 réflexions sur “Déterrer les os– Fanie Demeule

  1. Lili dit :

    Tu m’as sacrément intriguée sur Instagram et là, ça continue ! Je suis totalement d’accord avec toi pour ce qui est des perles québécoises. J’ai fini dernièrement le dernier roman d’Audrée Wilhelmy et je me dis que décidément, c’est une auteure contemporaine qui compte.

    Aimé par 1 personne

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