De bois debout – Jean-François Caron

À quinze ans déjà, quoi qu’en eût dit le père, j’aimais ce que faisaient les livres aux gens.

Les premiers mots

La mort du père

Je l’ai vu mourir. Je viens de voir mourir le père, que je me répète en courant. Branches qui fouettent, autres qui craquent sous mon pas, je fais du bruit, me fais du mal, ne peux pas m’en empêcher, ne peux pas m’en empêcher de courir dans le bois: je viens de voir mourir le père.
Mon père.

Un trou dans la tête, c’est la dernière image qu’Alexandre gardera de son père, tué par erreur par des policiers. 
Comment vivre après cette tragédie quand on est un jeune adolescent déjà orphelin de mère? En remontant dans ses souvenirs, le visage du père se reconstruit. Ce père qui refusait qu’Alexandre lise des romans, qui préférait alors l’emmener à la chasse. Mais son plaisir à ce jeune garçon, c’est de lire et mieux, de lire à voix haute pour des personnes dont la lecture est inatteignable. Alexandre construit un pont entre les mots et ces personnes esseulées. 

Après l’accident, il doit réapprendre l’existence et continuer à respirer. 

Il y a longtemps que je n’avais pas lu de romans avec une construction narrative si particulière. Jean-François Caron emprunte des structures au théâtre et à la poésie. Cette façon d’écrire assez atypique m’a désarçonnée mais de manière très brève. C’est avec enchantement et ferveur que le reste de la lecture s’est déroulée. On y parle d’amour, de famille mais aussi d’art qui sauve et plus spécifiquement de lecture. 

Chaque fois que j’ouvre un livre, j’entends la voix du père qui m’avertit:  » La vie, c’est pas là-dedans, pas dans les livres. »
Longtemps, il a eu seulement tort. Mais aujourd’hui, parfois, je crois qu’il avait aux lèvres un semblant de vérité. Quelque chose qu’il avait saisi, je ne sais pas comment, de l’incapacité du langage à dire ce qui est essentiel.
Le père lui-même était un de ces livres qui ne savaient pas me dire le plus important.

Les personnages qui gravitent autour d’Alexandre lui offrent un secours indéniable, une main tendue pour l’empêcher de tomber alors qu’eux-mêmes ont aussi leur lot de drames à porter. Chacun se soutient pour aller de l’avant.

Ce livre étonnant est une vraie surprise. Un livre acheté suite au billet de Marie-Claude et puis oublié parmi les autres. La littérature québécoise produit décidément de très belles pépites et ce coup de coeur ne me fera pas changer d’avis, Je serai prête à délaisser quelque temps la littérature française pour me concentrer sur cette littérature particulière venue du grand froid. 

MARIANNE
La télé nous aurait tués, tous les deux, elle nous aurait mangés.
ALEXANDRE, pense
Tu disais:
MARIANNE
Ç’aurait fait de nous des monstres de solitude, des côte-à-côte, des parallèles, des dos-à-dos, comme le monde ordinaire, t’sais.
ALEXANDRE, pense
T’aurais pas voulu qu’on soit juste ça, tous les deux. Du monde ordinaire.

(Quelques semaines après l’écriture de ce billet, je replonge avec plaisir dans les citations qui m’ont fait chavirer ❤ )

Chacun de tes pas était celui d’une danse imprévisible, comme si tu t’accordais avec le battement manquant de mon coeur de tout croche.

– De bois debout de Jean-François Caron, Editions La Peuplade, 2017, 414 pages – 

19 réflexions sur “ De bois debout – Jean-François Caron

  1. Marie-Claude dit :

    Je pesais bien que tu l’aimerais, mais pas à ce point-là. Tu m’en vois ravie. La forme m’avait aussi désarçonnée au début, et puis, je me suis vite acclimatée. Un coup de coeur pour moi aussi…
    J’aime bien ton «littérature particulière venue du grand froid». Mais pas que, hein… Cet été, on a eu chaud sans bon sens!

    Aimé par 1 personne

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