La vraie vie– Adeline Dieudonné

La mort habitait chez nous. Et elle me scrutait de ses yeux de verre. Son regard mordait ma nuque, se délectait de l ‘odeur sucrée de mon petit frère.

Les premiers mots

À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres.
Des daguets, des sangliers, des cerfs.

Derrière cette façade morne, des cadavres d’animaux sont exposés dans une pièce interdite aux enfants. Ils sont les trophées du père, ses bijoux et il est formellement défendu de s’y approcher sous peine de réveiller la colère du paternel.
Mais l’héroïne ne peut s’empêcher de scruter les yeux de ces bêtes. La Vraie Vie, c’était celle-là. Celle de la peur, encore gérable, du père, c’était aussi subir la transparence de la mère mais c’était surtout rire avec Gilles, le petit frère, se livrer à des aventures passionnantes parmi les voitures abandonnées. Pourtant ce sourire, si particulier, de son petit frère disparait après un terrible événement laissant place à un visage de marbre, sans émotions. Cette sœur a de multiples idées pour retrouver cette vie d’avant. Quitte à inventer une machine à remonter le temps, à invoquer la magie…Elle va puiser dans des forces jusque là insoupçonnées pour retrouver son vrai petit frère.

J’aurais aimé que quelqu’un, un adulte, me prenne par la main et me mette au lit. Replace les balises dans mon existence. M’explique qu’il y a aurait un lendemain à ce jour, puis un surlendemain, et que ma vie finirait par retrouver son visage. Que le sang et la terreur allaient se diluer. Mais personne n’est venu.

« La vraie vie » est un roman avec des mots qui croquent, des phrases qui embarquent  et des émotions qui retournent. Pris dans un tourbillon de violence sourde, ce roman pourrait faire penser à David Vann et ses histoires de familles torturées. La tension monte insidieusement. Le père dévoile sa noirceur ainsi que Gilles. Dans tout ce marasme, l’héroïne découvre son corps, sa sexualité, ses désirs et puis se révèle être une formidable scientifique.

On a déjà lu sur ces familles au bord du gouffre : le père violent, la mère absente et l’enfant qui prend son élan pour partir de cette condition. Néanmoins, la sauce prend et je n’ai pas pu lâcher ces pages. Malgré les thèmes vus et revus, il y a quelque chose dans l’écriture d’Adeline Dieudonné qui monte en puissance et qui ne se laisse pas avoir par les clichés et les facilités. A la fois « poétique et cauchemardesque », La Vraie Vie m’a embarquée dans un récit très fort.

Roman lu dans le cadre du concours « Je lis, je participe » des Éditions de l’Iconoclaste.

– La vraie vie d’Adeline Dieudonné, Editions de l’Iconoclaste, 2018, 270 pages –

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