Manikanetish– Naomi Fontaine

Très loin d’être naïfs, ces jeunes avaient conscience de la vie et de la mort, de la souffrance et des moments heureux. Où prenaient-ils toute cette force?

Les premiers mots

Revenir est la fatalité. Dans ce tout petit village, cette nature épineuse, sablonneuse, imaginée de toutes pièces depuis mon enfance, immuables souvenirs.
Dans ma rue, au bord de la baie, je me fondais dans la masse.
Moi la petite fille tranquille. Je pleurais si peu bébé, que ma mère bousculait mon sommeil s’assurant de mon souffle. Je pleurais si peu enfant, que ma mère m’avait oubliée sur les marches de l’escalier. Plus tard, l’étrange justice de la vie a rattrapé chacune de mes larmes.

Manikanetish, « Petite Marguerite« . Une école primaire et secondaire dans la réserve des Innus. Un retour aux sources pour Yammie qui a quitté cet endroit il y a fort longtemps.
Rentrer à la réserve c’est se rappeler pourquoi elle l’avait quittée. C’est se demander si elle est légitime devant ces élèves. C’est se rappeler ce sentiment d’appartenance et d’identité. C’est essayer de mettre tout en oeuvre pour réussir cette première année d’enseignement.
Mais c’était sans compter les élèves qu’elle rencontre et parmi eux beaucoup de filles-mères qui doivent gérer leur scolarité et leurs enfants en bas-âge. Il y a aussi les drames familiaux qui les touchent et que Yammie doit apprendre à gérer. Pour que ses élèves trouvent un sens à l’apprentissage du français, pour qu’elle aussi trouve un sens à ce métier tant idéalisé, elle propose de monter la pièce de théâtre Le Cid. Une année particulière où cette jeune enseignante sera au plus proche de ces adolescents.

Il était impensable que je me résolve à n’enseigner que la grammaire, ses multiples règles incongrues et la cédille qui fait qu’une lettre s’adoucit. Je leur apprendrais le monde. Et comment on le regarde. Et comment on l’aime. Et comment on défait cette clôture désuète et immobile qu’est la réserve, que l’on appelle une communauté que pour adoucir le coeur.

En voilà un beau roman qui m’a directement touchée en plein coeur. De par son sujet, l’enseignement du français, des publics dits « difficiles », des difficultés à être jeune enseignante. Et de par son  écriture. Une simplicité qui fait mouche, des phrases sobres qui disent beaucoup plus que ce que les mots donnent à lire. Des chapitres courts qui vont droit au but sans fioritures, qui disent l’essentiel.

Une histoire que Naomi Fontaine a puisée dans ses propres souvenirs. Les noms ont été changés mais les élèves lui ont donné leur accord pour qu’elle raconte leur histoire et cette année scolaire. 
Il y a beaucoup d’émotions dans ce roman, beaucoup d’humanité aussi. Cette enseignante ne juge pas, ou du moins, essaie. Elle se met à leur côté pour les aider à traverser des moments terribles et c’est l’ensemble des élèves qui ressent l’empathie qu’elle éprouve pour eux.
C’est un livre qui se lit vite mais avec lequel il faut cependant prendre le temps pour s’immerger au coeur de cette réserve.

Il me tarde d’ouvrir les pages de son premier roman « Kuessipan » et surtout de rencontrer l’auteure au Festival America

L’avis d’Anne.

– Manikanetish de Naomi Fontaine, Editions Mémoire d’encrier, 2017, 144 pages – 

Publicités

21 réflexions sur “Manikanetish– Naomi Fontaine

Si vous souhaitez me laisser une trace de votre passage...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s