Shining– Stephen King

La vie est dure, Danny. Le monde ne nous veut pas de mal, mais il ne nous veut pas de bien non plus. Il se fiche de ce qui nous arrive.

Les premiers mots

Petit con prétentieux, pensa Jack Torrance. Ullman mesurait tout juste un mètre soixante et il avait les gestes brusques et secs des hommes petits et gros. La raie de ses cheveux était impeccable, son complet sombre strict mais rassurant. Tout en lui disait au client : « Je suis à vous, je vous écoute », et aux employés, plus sèchement : « Attention, je vous ai à l’œil. » Il avait piqué un œillet rouge à sa boutonnière, peut-être pour éviter qu’on ne le prît pour un croque-mort. L’écoutant parler, Jack se disait que de toute façon, vu les circonstances, il aurait eu du mal à éprouver de la sympathie pour quiconque se fût trouvé de l’autre côté de ce bureau.

L’Overlook peut être sa dernière chance. Celle de rattraper cette vie d’alcool et de perdition. Jack y croit.

Il emmène alors son fils Danny et sa femme Wendy dans cet hôtel prestigieux pour y être le gardien pendant tout l’hiver.
Arrivée sur les lieux, la famille comprend que ces mois seront longs. En effet, isolées de tout, Jack, Wendy et Danny s’attendent à être bloqués par la neige qui s’annonce imminente.
Mais pour le moment, le couple se retrouve et aborde l’avenir plus sereinement.
Ce n’est malheureusement pas le cas de Danny, 5 ans. Ce petit garçon ressent une énergie néfaste à la simple évocation de cet hôtel et son instinct ne le trompera pas. Lors de ses allées et venues dans les couloirs de l’établissement, des visions d’horreur l’assaillent.
Cette retraite devient peu à peu une prison où les habitants seront amenés à révéler leur vrai visage.

Tu perds la tête, tu déménages, tu travailles du chapeau, tu as les méninges en accordéon, tu as une araignée au plafond, tu as le timbre fêlé, tu ondules de la toiture, tu es bon pour le cabanon. Ou, tout simplement : tu deviens fou.

Quel bonheur de retrouver Stephen King!
J’avais oublié cette fluidité dans l’écriture, cette façon bien particulière de parsemer des indices et des phrases troublantes pour nous pousser à ne pas refermer le livre, ces 576 pages sont passées à une vitesse folle.

J’avais aussi oublié que Stephen King est un sacré psychologue. Les personnages sont décrits dans ce qu’ils ont de meilleur et surtout dans ce qu’ils ont de pire en eux. Il ne nous épargne pas les pensées morbides, honteuses de Jack.

Ne se focalisant pas que sur le présent des Torrance à l’hôtel, King nous replonge dans le passé de cette famille qui a vécu bien des drames et qui tente de se relever. L’alcoolisme de Jack les a marqués au fer rouge. Jamais Wendy ne pourra oublier le mal qui leur a fait.

 – Tu veux dire que c’est un hôtel hanté ?
– Je ne sais pas. En tout cas, s’il y a des fantômes, ce ne sont pas ceux d’Algernon Blackwood. L’Overlook serait plutôt hanté par le résidu psychique laissé par ceux qui ont séjourné ici et par leurs actes, bons ou mauvais. On peut dire, j’imagine, que tous les hôtels sont  » hantés  » en ce sens-là, et tout particulièrement les vieux hôtels.

Cet Enfant Lumière (sous-tire de Shining) m’a beaucoup émue. Il est empreint d’une affreuse solitude qui l’emprisonne et l’empathie à son égard a été immédiate.

En ce qui concerne l’aspect « horreur » et « épouvante » de ce récit, je n’ai pas ressenti de réelles bouffées d’angoisse mais j’ai beaucoup apprécié la tension qui se dégage de l’histoire. On sent les démons arriver sur cet hôtel et rien ne pourra les empêcher d’abîmer les êtres vivants de l’Overlook.

Merci à mon papa qui m’a prêté son édition de 1979! Il m’a enfin convaincue de lire ce classique qu’il affectionne tant.

(N.B: cette lecture m’a donné envie de revoir le film de Stanley Kubrick et si je trouve l’interprétation de Nicholson époustouflante, je regrette les fameuses coupes dans l’histoire! Je suis aussi surprise que l’accent soit mis sur le père alors que le livre se concentre beaucoup plus sur Danny)

L’avis de Déjeuner sous la pluie.

– Shining l’enfant lumière de Stephen King, Editions J’ai lu, 1979, 576 pages – 

16 réflexions sur “ Shining– Stephen King

  1. Sycorax dit :

    Bonjour, c’est Sycorax de Babelio.
    J’ai lu votre chronique avec intérêt.
    C’est marrant : l’exemplaire que vous montrez sur la photo est exactement celui que j’ai en ma possession ! (je l’avais acheté étant ado).
    Pour ma part, je trouve l’illustration de couverture pas très belle à voir (mais bon, les goûts et les couleurs…).
    J’ai relu Shining l’été dernier car parallèlement, j’ai lu la monumentale étude critique du film de Loig Le Bihan, qui m’a elle-même poussé à me procurer le blu-ray de l’édition américaine.
    La version US comporte 20 minutes de film supplémentaires contrairement aux éditions DVD ou BR que l’on trouve en Europe : cela n’en fait pas une adaptation plus fidèle au roman pour autant, mais pour moi qui adore ce film, ces minutes supplémentaires étoffent un peu plus les relations entre les personnages et développent les interactions entre Wendy et Jack.
    Le film de Kubrick, plus qu’une adaptation sage et respectueuse, brode sur le canevas matriciel qu’offre le roman de King et c’est en cela que je le trouve plus intéressant que le roman.
    Si vous lisez ne serait-ce que la petite étude critique de Roger Luckhurst parue chez Akileo, vous y découvrirez l’infinie richesse interprétative de ce film.
    Au plaisir !

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  2. Marie-Claude dit :

    Ce roman est estampillé dans ma mémoire. Je l’ai lu à 12 ans, en vacances avec mes parents en République dominicaine. Mon père lisait un chapitre, je lisais le suivant. On se faisait la lecture à voix haute. Mémorable! Et j’ai même pas eu peur!

    Aimé par 1 personne

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