Autour de l’esclavage et de la ségrégation en Amérique

 Aux champs, sous terre ou dans un grenier, l’Amérique restait sa geôlière.

Apparemment, je n’en ai pas eu assez.
Après avoir lu le très prenant « Underground Railroad« , je me suis ruée sur « Bluebird » tout en lisant « Ne suis-je pas une femme? » et en terminant ces trois livres, je me dis qu’il me reste beaucoup à apprendre à propos de cette période. 


Commençons par le livre jeunesse « Bluebird ».

Les premiers mots

Le Sud m’avait tout pris : ma mère, mon père et mes rêves de petite fille.
Je m’étais juré de ne jamais y retourner. De ne jamais plus respirer l’air épais du Delta, qui vous serre la gorge comme les serpents étouffent leurs proies dans ses marais. De ne jamais plus poser le pied sur les terres boueuses des rives de son fleuve. J’étais née dans le Sud, j’y avais grandi et j’avais tout perdu dans cet enfer où on volait la vie des hommes pour les changer en bêtes.

Le Sud lui a pris sa femme, il ne lui prendra pas sa fille. Pour éviter l’esclavage et les champs de coton, Curtis  emmène Minnie sur les routes pour chanter, distraire  et se faire de l’argent. Le virus de la musique coule dans les veines du père et de la fille, l’un joue de la guitare quand l’autre accompagne les douces chansons à l’harmonica.

Lors d’une halte forcée suite à une blessure de Minnie, Curtis et elle rencontrent des esclaves travaillant sur une plantation tenue par un propriétaire méchant et sadique.  Forcée au repos, Minnie se voit dans l’obligation de rester parmi ces gens, son père quant à lui doit retourner à contre-cœur au travail des champs. Cet arrêt obligé prendra un tour nouveau quand Minnie rencontrera le fils d’un ouvrier, Elwyn, son petit « fantôme blanc ». Mais ces deux adolescents n’auront pas le temps de s’aimer que déjà leurs chemins seront séparés. Pendant des années, éloignés l’un de l’autre, ils penseront à ces brefs instants à deux, à leur sentiment naissant et extraordinaire et leur amour leur permettra d’affronter bien des obstacles.

Grâce à une construction chorale, le lecteur suit les aventures de Minnie, Elwyn mais aussi de Nashoba , un indien ami du jeune garçon. Les trois regards nous offrent une histoire de l’Amérique du côté des esclaves, des blancs et des peuples opprimés.

Ce qui rapproche ces trois destins c’est leur volonté de vivre, de se débarrasser des chaînes qu’elles soient physiques ou mentales. Leur caractère est fort et apporte au récit une véritable intensité. J’ai eu envie de croire aux rêves de gloire de Minnie, j’ai eu envie de croire aux amoureux que tout oppose, j’ai eu envie de croire que la musique adoucit bien les mœurs.

Ce roman jeunesse décrit une histoire bienveillante et emplie d’espoir. Même si certains passages sont assez douloureux, il y a quelques côtés « romanesques« , mais les jeunes lecteurs ont parfois besoin de lire ce genre de récit où finalement le bien triomphe. J’ai beaucoup apprécié les références à la musique blues et l’auteur comme s’il avait compris le message, nous offre la bande originale du livre. À écouter ici.

L’avis de Moka 

– Bluebird de Tristan Koëgel, Edition Didier Jeunesse, 2015, 320 pages – 


Dans la même lignée mais en littérature adulte, j’ai lu « Underground Railroad ».
Comme dans le roman précédent, je me suis plongée dans cette Amérique violente  et meurtrière. Colson Whitehead s’attache à décrire la vie dans les champs de coton alors que Tristan Koëgel ne fait que la survoler (mais roman jeunesse oblige).

Les premiers mots

La première fois que Caesar proposa à Cora de s’enfuir vers le Nord, elle dit non.
C’était sa grand-mère qui parlait à travers elle.

J’ai dévoré ce roman dense pour suivre Cora, une héroïne (encore une fois) qui s’enfuit de la plantation où elle est esclave. Telle une épopée, elle devra arriver à s’en sortir seule ou grâce à l’aide de précieuses personnes pour enfin retrouver sa liberté.

J’ai aimé chaque chapitre et chaque moment passé avec Cora. C’est un personnage brave et courageux. Elle est seule mais reste forte. Elle est vivante et veut le rester.

Les rencontres la renforceront et lui apporteront la dose nécessaire pour continuer son chemin.
L’auteur n’épargne pas son lecteur en lui proposant des images assez macabres.  À lire. 

Je ne me suis pas étendue longuement sur ce livre puisqu’il tourne assez bien sur la blogosphère. Pour des avis plus détaillés, il y a Marie-Claude, Electra et Moka.

– Underground Railroad de Colson Whitehead, Editions Albin Michel, 2017, 416 pages – 


Pour terminer, j’ai lu en parallèle l’essai instructif « Ne suis-je pas une femme ».

Les premiers mots 

À un moment où dans l’histoire états-unienne les femmes noires des quatre coins du pays auraient pu s’unir pour revendiquer l’égalité des femmes ainsi que la reconnaissance de l’impact du sexisme sur notre statut social, nous sommes demeurées, dans l’ensemble, silencieuses. Notre silence n’était pas simplement une réaction contre les féministes blanches ni un geste de solidarité avec les hommes sexistes noirs. C’était le silence des opprimé.e.s – ce silence profond engendré par la résignation et l’acceptation de son propre sort.

Ici l’auteure s’attache à décortiquer l’histoire des femmes noires en Amérique, de leur arrivée par bateau du continent africain aux chaînes des esclaves. Ça a été une lecture très intéressante mais aussi très dure à lire. Je n’aurais pas pu le terminer en une fois tellement certains faits sont cruels. De plus, l’auteure « règle ses comptes » avec le féminisme dit blanc qui pour elle va à l’encontre de ce que l’auteure pense vraiment du féminisme « Vouloir la libération des rôles sexistes, de la domination et de l’oppression pour toutes les personnes, femmes et homme ».

Il aura fallu trente ans pour que ce livre soit enfin traduit..

(Ce qui m’a le plus gêné, mais je m’y suis vite habituée, a été l’utilisation de l’écriture inclusive dans tout le roman)

– Ne suis-je pas une femme de bell hooks, Editions Cambourakis, collection Sorcières, 2015, 224 pages – 


Vous l’aurez compris, ce sujet me passionne et je ne suis pas prête de m’arrêter en si bon chemin. Si vous avez des idées d’œuvres, je suis preneuse. Dans la même veine, j’ai lu « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », « Dites leur que je suis un homme« , « Le temps où nous chantions », « Magic Time« , « Sweet Sixteen »« La couleur des sentiments ».. et j’en oublie peut-être… 🙂

 

 

28 réflexions sur “Autour de l’esclavage et de la ségrégation en Amérique

  1. Marie-Claude dit :

    Du coup, tu me donnes très envie de poursuivre mon exploration…
    Du coup encore, « Ruby tête haute » entre bien dans cette «catégorie»
    Je pense, en plus, à « Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage » de Maya Angelou. Il est dans ma pàl. Pas encore lu…

    Aimé par 1 personne

  2. Céline dit :

    « Le temps où nous chantions » reste un magnifique souvenir de lecture. J’ai lu beaucoup de romans sur la ségrégation mais très peu sur l’esclavage. Je pense lire Underground Railroad mais je crains un peu les scènes macabres, et l’essai m’intéresse, d’autant qu’il me semble être en accord avec cette vision du féminisme !

    Aimé par 1 personne

    • mespagesversicolores dit :

      J’ai tellement adoré Le temps où nous chantions…j’ai parfois des souvenirs de cette lecture qui me reviennent. La lecture a été ardue mais je ne le regrette pas!

      Tu n’aurais pas des romans à me conseiller sur le thème de la ségrégation ? 😉

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  3. Laeti dit :

    Ce n’est pas un sujet vers lequel je me tourne d’emblée, mais je dois bien avouer que le film « 12 years a slave » m’a renversée la semaine dernière. J’étais révoltée, dégoûtée, et très triste à la fois. Des sentiments que j’aimerais vivre à travers des romans du coup. Et ça tombe bien car comme tu le sais, je vais recevoir (aujourd’hui?? espérons-le!) « Underground Railroad » et « Bluebird » est noté! J’ai envie de regarder le film « La couleur des sentiments » également mais le ton est un peu plus léger, non? j’ai adoré le début en tout cas! Elle est chouette ta chronique groupée autour d’un même thème 🙂

    Aimé par 1 personne

    • mespagesversicolores dit :

      La couleur des sentiments aborde ce thème de manière plus »légère » mais il y a quand même des passages assez marquants !
      J’ai aimé aussi faire ce billet! Bon comme tu le vois c’est un thème que j’aie! ( Ça et la seconde guerre mondiale…)

      ( Pas encore reçu mon livre ! Et toi?)

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