Robinson– Laurent Demoulin

Le printemps fait semblant d’être l’été, à la façon dont Robinson et moi faisons semblant d’être un père et un fils.

Les premiers mots

Au pied du trône

Soudain, Robinson se met à pleurer. Sa tristesse ne va pas crescendo: elle semble immédiatement profonde – ou plutôt, sans fond. Rien ne la tempère ni ne la médiatise: c’est un diamant de malheur inconditionnel. Comme il ne parle pas, qu’il n’a jamais parlé – pas un mot, pas une phrase -, je ne dispose que de peu de moyens pour comprendre la raison de ses larmes?
S’ennuie-t-il? Trouve-t-il soudain que la vie est absurde? A-t-il mal aux dents? Faim? Soif? Est-il traversé par une idée noire? Est-il envieux? Anxieux? Tracassé? Torturé par une angoisse intime? Ou par l’angoisse de son père?

Dès les premiers mots, dès les premiers traits d’humour, dès les premières émotions, j’ai été en totale osmose avec ce livre que j’ai dévoré.

Robinson n’a pas de problème. Mais il en est un. Dans le monde tel qu’il est et tel que du plus en plus il devient.

Le narrateur est le papa d’un garçon nommé Robinson autiste de dix ans. Avec une langue tout à fait remarquable et un sens du détail, le père nous raconte quelques journées avec son fils qui ne parle pas et ne contrôle pas ses excréments. Car ce sont les deux grands thèmes de ce livre: l’absence de communication verbale et le rapport aux besoins primaires. Dit comme ça, ça pourrait en rebuter certains mais il n’en est rien. Ce livre offre une ouverture vers cet univers inconnu qu’est l’autisme.

Il est divisé en chapitres courts et énumère des scènes de la vie quotidienne. On apprend assez vite que le narrateur a la garde de Robinson une semaine sur deux. Sans se moquer ni jouer les héros, Laurent Demoulin nous brosse un portrait de sa vie et le rapport que Robinson peut avoir au monde et comment sa vision dépeint sur celle du père . 

« Robinson » est le seul et unique roman de l’auteur. Celui-ci écrit plutôt des essais ou des poèmes. Il utilise ici une langue tout en poésie et en humour. J’ai ri plusieurs fois à l’évocation de ces épisodes familiaux mais tout en ressentant de la part du narrateur un amour incommensurable pour son fils.  Lui universitaire qui manie la langue avec délice et talent doit trouver des parades pour communiquer avec son fils. Comme un beau poème d’amour, ces pages évoquent les détails d’une vie à deux hors du commun.

Un beau coup de cœur. ❤

Si vous pouvez lever le nez de cette rentrée littéraire , prenez le temps de découvrir ce Robinson

– Robinson de Laurent Demoulin, Editions Gallimard 2016, 240 pages – 

 

 

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14 réflexions sur “Robinson– Laurent Demoulin

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