Les Fragiles– Cécile Roumiguière

Elle se force à être gaie, ce qui est certainement la plus profonde façon d’être triste.

Les premiers mots

Drew.
Drew Castan, dix-sept ans, toutes mes dents. Drew, Drew Castan… Arrête Drew! La tempête, les images. Faut les bloquer. Des bulles acides. Les crever. Je voudrais vomir.
J’ai envie de vomir depuis l’âge de neuf ans, depuis ce jour où mon père a lancé ce « sale nègre » par la vitre de la camionnette. Pas son premier « sale nègre », mais ce jour-là, le nègre c’était Ernest, le gardien du stade. Ernest qui m’encourageait tous les mercredis depuis deux ans chaque fois que je flanchais. Ce mercredi-là, il a traversé en dehors des clous, il aurait pas dû.

« Les Fragiles », c’est Drew, Sky et aussi les parents. C’est une intensité qui monte et qui ne lâche pas. Un personnage si fragile qu’on craint qu’il ne s’étiole et disparaisse. Une Sky qui enjambe le monde et les gens sans se rendre compte de ce qu’elle laisse derrière elle comme trace. C’est Cédric, le père, qui n’a pas la clé pour communiquer, qui n’arrive pas à être fier de son fils, qui ne comprend pas le potentiel de Drew. C’est Cindy, la mère, qui fait de son mieux. C’est Mariji, la grand-mère, qui déchiffre les bulles invisibles au-dessus des têtes, celles qui permettent de ne pas parler.

« Les Fragiles », c’est un roman en plusieurs temps, qui s’enchevêtrent et qui donnent les pièces du puzzle. Ce n’est pas simple, non, mais c’est intelligent. Toute la mécanique des personnages est mise en place et on se rend compte des faiblesses des uns et des autres. On n’arrive pas à détester ce père raciste, on le trouve lâche, répugnant mais il a peut-être ses raisons et on peut comprendre la haine que Drew peut ressentir pour lui.

Dès le début du roman , on sait qu’un drame est arrivé et au fil des pages, Cécile Roumiguières installe une ambiance pesante et décortique avec nous les événements qui conduisent Drew à commettre l’irréparable. La lecture n’est pas aisée, elle distille un sentiment de malaise et d’inconfort tout comme Drew peut le ressentir dans son existence.

Papa… je te demande pardon. J’ai jamais été le fils que tu voulais, on a tout raté. C’est de ma faute, aussi. Avant moi, t’étais heureux, tu étais amoureux de Maman. Quand elle parle du temps avant moi, du regard que tu avais, elle est belle… J’ai tout gâché.

Et pour se mettre dans l’ambiance du livre, écoutez La playlist de Drew .

– Les Fragiles de Cécile Roumiguière, Editons Sarbacane, 2016, 200 pages – 

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