La leçon de chant– François Emmanuel

Parler de livres et de musiques permettait aux mots de peser moins.

Les premiers mots

Elle s’avance sur la scène des Cordeliers, les lustres de la salle sont éteints, il s’établit un silence étrange. Je vois le liseré blanc du proscenium, le détail en lumière rasante des lames du plancher d’où surgit la masse noire du trois-quarts queue. L’image dans ma mémoire est très précise, quoique intermittente, comme s’il s’agissait d’un film dont ne me restent que quelques séquences.

Le mystère du livre repose sur l’insondable Clara, une chanteuse d’opéra qui s’enfuit après un concert. Laissant son amant et son professeur de chant sans nouvelles. Par après, elle reprend contact mais semble changée et perdue dans ses souvenirs. L’histoire est racontée par son professeur de chant qui aimerait percer les secrets de sa jeune élève mais celle-ci ne répond que par bribes et c’est aux deux hommes de sa vie de remettre en place les pièces de son puzzle personnel.

Dis-moi, Clara, cette marée qui parfois te submerge, ces moments où je ne suis plus rien pour toi, Dis-moi ce que tu te retiens de dire ou de crier, ce qui brusquement interrompt ta phrase.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, ma dernière lecture de ce Mois belge est une réussite. J’ai dégusté ce roman en prenant le temps de m’imprégner des mots et de l’ambiance si particulière de cette histoire. Clara est le genre de personnages féminins que j’apprécie dans la littérature: sensible, indépendante, inaccessible et ayant un lourd passé. Elle fascine Pierre et son professeur de chant tout autant que le lecteur qui se retrouve face une énigme.

La première fois que j’ai entendu chanter Clara Mangetti, j’ai ressenti un tremblement intérieur.

Il y a de la musicalité entre ces lignes, des impressions de silence et de retenue. Clara nous prend par la main et nous emmène en Argentine et on découvre son enfance et les conséquences de certains actes. On comprend sa fragilité, son mutisme, ses fêlures.
François Emmanuel a touché ma sensibilité tant avec son histoire qu’avec ses mots. Ils sont beaux, ces mots. Ils glissent et nous touchent par leur beauté et leur chant. Avec les références musicales plus que présentes, le livre se lit telle une partition, avec ses différents tempi et ses multiples voix.

Comme un parallèle avec Antigone et Ismène, les deux sœurs aimantes et aimées, l’auteur nous propose une réflexion sur le poids du passé et ses cicatrices.

…j’entrevoyais un seul instant d’autres raisons à nos rencontres, d’autres mots derrière ses mots, peut-être une note tenue, inouïe, inaudible, sous la rumeur paisible de nos conversations.

– La leçon de chant de François Emmanuel, Éditions Labor, Collection Espace Nord, 2000, 162 pages – 

Je signe ici ma dernière participation au Mois belge. Le prochain billet sera consacré au bilan que j’ai tiré de ce challenge.

Publicités

8 réflexions sur “La leçon de chant– François Emmanuel

Si vous souhaitez me laisser une trace de votre passage...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s