Landfall – Ellen Urbani

Un clou dans le pied valait mieux qu’un clou dans l’œil, un trouble bipolaire valait mieux qu’une schizophrénie, un père mort valait mieux qu’un père violent, être coincée dans une zone inondable valait mieux qu’être coincée sous une zone inondable.

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Les premiers mots

Rose Aikens – J’ai les pieds gelés

Pendant près de dix-neuf ans, Rose vécut avec une femme qu’elle connaissait à peine. Elles s’acquittaient de toutes les tâches parallèles qu’on peut attendre d’une vie partagée: Rose faisait la lessive en utilisant le détergent acheté par Gertrude à Walmart avec le coupon du dimanche. Gertrude déposait tous les quignons de pain durci dans une soucoupe ébréchée à côté de l’évier; Rose rassemblait les restes rassis et les donnait aux oiseaux. Rose discutait souvent avec le facteur et rapportait le courrier du jour; Gertrude l’ouvrait.

Sur la route vers la Nouvelle-Orléans pour venir en aide aux victimes de l’Ouragan Katrina, Rose et sa mère Gertrude percutent mortellement une jeune fille.

De cet accident, deux mortes: Gertrude et Rosy, la jeune fille noire, qui avait échappé à l’ouragan.

Rose voit son monde s’écrouler et se rattache à découvrir qui était cette fille. Elle découvrira dans les affaires de la victime des bouts de papier qui la guideront vers les dernières personnes à avoir vu Rosy en vie. Telle une quête vers le pardon, Rose, à peine remise du décès de sa mère, part à l’aventure.

Comme avec une petite fleur, on s’amuse à détacher un pétale à la fois et à découvrir le destin de ces deux jeunes filles, qui au départ, pouvaient sembler être à mille lieues l’une de l’autre.
Une noire, une blanche. Une pauvre, une avec des moyens. Une mère maniaco-dépressive, une mère sévère et rigide. Et pourtant, au fil des pages, on remonte le temps et on commence à faire des liens entre elles. C’est passionnant du début à la fin. C’est envoûtant et sacrément bien rôdé pour un premier roman. C’est dérangeant aussi. Car l’histoire se base sur le tragique ouragan et toutes les victimes, pas seulement au moment de la tempête, mais celles d’après, les victimes collatérales. Celles qu’on a oubliées ou plutôt celles qu’on a voulu oublier et faire taire.

Facile de s’autodéclarer défenseur des droits civils quand on n’est pas entouré de gens noirs, énervés, remontés et revendicatifs. Facile de fourrer des biscuits et du papier de toilette dans un sac sur la banquette arrière, beaucoup moins de baisser sa vitre pour les distribuer à des inconnus.

Ellen Urbani provoque de sacrés frissons et enchaîne ces destins à toute allure. Les chapitres alternent les vies, les désirs, les fêlures. L’auteure se permet néanmoins quelques touches d’humour qui déconcertent parfois mais qui sont finalement très intelligentes. 

Le roman dépeint avec justesse la détresse de ces personnages et leur donne une épaisseur saisissante. Tout est pensé et tout est juste. Les relations mère-fille tant de fois décrites dans la fiction, sont ici mises en avant avec véracité et lucidité.

Alors elle se laissait aller en douce sans encombrer Rose d’un surplus d’affection parce que cela ne ferait que la rendre plus faible, plus vulnérable.

Le récit touche aussi au racisme, à la culpabilité, à la violence faite aux femmes, à la pauvreté. Autant de thèmes parcourus avec maîtrise.

Je ressors de ce roman soufflée. Oui. Pas de répit. Pas de longueurs. Parfait en tout point.

N.B: J’avais aperçu ce livre chez Marie-Claude et son billet m’avait fait forte impression. Je l’avais noté et quelques mois après, je me suis rendu compte que ce livre était disponible à la bibliothèque. N’ayant pas relu le résumé, je ne me rappelais plus de l’intrigue et tant mieux. Je me suis plongée avec « innocence » dans ce magnifique roman. Et je veux maintenant lire sur le même thème « Bois sauvage » repéré chez Electra!

Landfall d’Ellen Urbani, Editions Gallmeister, 2016, 304 pages  – 

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15 réflexions sur “Landfall – Ellen Urbani

  1. Marie-Claude dit :

    J’adore ton image de fleur et de pétales!
    J’en suis sortie soufflée aussi. Un premier roman fort et bouleversant, auquel il m’arrive souvent de repenser. Très abouti, tant sur le plan humain que social. Heureuse que mon billet t’ait amenée à écrire son titre sur un bout de papier et que tu y sois revenue!

    Aimé par 1 personne

  2. Eva dit :

    J’ai beaucoup aimé ce livre, deux très beaux portraits de jeunes filles, et un tableau poignant de la souffrance des victimes de l’ouragan.
    mon seul bémol : le « twist » qui m’a quand même paru un peu gros, le roman aurait très bien fonctionné sans.

    Aimé par 1 personne

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