Retour à Killybegs – Sorj Chalandon

– Tu serais quoi si tu n’étais pas irlandais, avait demandé le patron du Mullin’s.
– Je serais honteux, lui avait répondu mon père.img_20170208_082815

Les premiers mots

Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L’IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n’ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j’en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j’enrage. N’écoutez rien de ce qu’ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m’avoir connu. Personne n’a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd’hui, c’est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu’après moi, j’espère le silence.

Tyrone est de retour à Killybegs. Âgé d’au moins quatre-vingts ans, il retourne dans la maison familiale. Celle de son père violent à la main assez lourde, celle de sa mère « bigote », celle où l’IRA tenait une place importante. Il attend son sort, le jugement par ses pairs car il a trahi. Trahi qui? Trahi quoi?

Je sais qu’ils m’attendent. Ils vont venir. Ils sont là. Je ne bougerai pas. Je suis dans la maison de mon père. Je les regarderai en face, leurs yeux dans les miens, le pardon du fusillé offert à ses bourreaux.

Alternant des séquences de son passé au présent, Tyrone nous emmène dans une vie de combat, d’espoirs et de luttes acharnées. D’épisodes de son enfance à ses séquestrations inhumaines, le lecteur participe à la révolution, sans être toutefois pour un parti ou pour un autre. Sorj Chalandon n’est ni du côté de l’IRA ni du côté des Brits.

Son personnage est complexe. On le découvre plein de vigueur et de hargne et petit à petit au fil de ses arrestations, on le sent tiraillé par des décisions qu’il doit prendre. La solidarité entre les soldats de l’IRA et la dévotion que ces jeunes hommes (et femmes) ont envers ce parti est fascinante : ils n’hésitent pas à mettre leur vie en péril en faveur de leur conviction. Alors s’ils découvrent qu’un traître est parmi eux…

Dire que j’ai dévoré ce roman serait me mentir. J’ai eu du mal. Vraiment. Je me réjouissais de retrouver la plume poétique de Chalandon et j’ai trouvé une écriture âpre et violente. Je me suis aussi perdue dans tous ces événements : les Brits contre l’Ira, la seconde guerre mondiale et l’implication de l’Irlande… quelques informations auraient été nécessaires pour que je puisse comprendre l’étendue de ce combat qui dura des années. La construction du roman ne m’a pas non plus aidée à y voir plus clair. Sur deux pages, on passe du présent au passé sans trop d’indices. 

La dureté des conditions de détention a été parfois insupportable à lire. Tyrone participe à la grève de l’hygiène ( « les détenus refusent de se laver, et enduisent les murs de leurs cellules de leurs propres excréments et urine… » )
Ces événements se sont effectivement déroulés et ajoutent un poids énorme à la lecture de ces quelques lignes. 

Je retiendrai de ce roman « une certaine beauté » dans l’engagement politique. Ces combattants qui se battent corps et âmes pour leur patrie m’a émue. Et puis le destin de Tyrone est tellement foisonnant: il a vécu mille vies en une. 

– Retour à Killybegs, Editions Grasset & Fasquelle, 2011, 336 pages- 

(J’ai toutefois envie de me plonger dans « Mon traître » (récit axé sur un ami de Tyrone) qui précède « Retour à Killybegs » mais je me donne quelques mois avant de retrouver ces combattants).

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15 réflexions sur “Retour à Killybegs – Sorj Chalandon

  1. flyingelectra dit :

    j’ai moins honte ! acheté à sa sortie en Poche, je l’ai abandonné au bout de dix pages et jamais repris .. et ton billet ne me donne pas envie de le reprendre ! pourtant, il a eu des critiques élogieuses !

    Aimé par 1 personne

  2. Nad dit :

    Tu as eu du mal et je peux comprendre, l’univers littéraire de Sorj Chalandon est parsemé de violence, il faut être prêt pour l’aborder. Le poids des mots est là, toujours présent.
    J’ai toutefois adoré « Profession du père », malgré sa dureté.
    Belle journée à toi

    Aimé par 1 personne

    • mespagesversicolores dit :

      Je me suis justement offert « Profession du père », donc tu vois, je n’abandonne pas! J’avais lu ton beau billet sur ce livre et justement on avait échangé sur les fameuses claques littéraires!

      J’ai fait un billet sur « Le Quatrième mur » 😉

      Belle journée!

      J'aime

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