Au commencement était la mer – Maïssa Bey 

Elle a dix-huit ans, Nadia, et elle veut vivre. Vivre ses dix-huit ans brodés d’impatience, de désirs imprécis et fugitifs.

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Les premiers mots

Derrière les volets fermés, l’aube a envahi la plage. Des lueurs timides se glissent dans la chambre, sur les motifs délavés des carreaux, et strient de rais plus pâles le visage de Fériel profondément endormie.
Nadia s’attarde un moment à la regarder. 

Elle aimerait vivre. Rire, aimer et vivre. En liberté. Seulement Nadia est née en Algérie pendant une période de conflits, en pleine montée de l’islamisme. Mais pour l’instant, elle est en vacances au bord de la plage, loin d’Alger.

Enfermée dans cette maison aux heures trop chaudes, elle se réfugie dans des livres que son oncle lui a donnés. Et comme une évidence ou un signe du destin, elle découvre l’histoire d’Antigone, la belle rebelle. Nadia reçoit un coup en plein cœur à la lecture de cette tragédie, son histoire se confond avec celle d’Antigone. Ici point de frères morts mais une prison presque dorée qui la retient et qui ne la laisse pas libre.

Et quand elle découvre au hasard de ses lectures criés par une autre jeune fille au nom étrange d’Antigone, les mots qu’elle n’a jamais pu dire, quand elle retrouve, page après page, le même désir éperdu de beauté et de liberté, le même refus des mensonges et des compromissions, (…), elle pleure enfin, sans vraiment savoir pourquoi, peut-être simplement parce qu’elle se sent délivrée de n’être plus seule.

Les clés de cette prison sont entre les mains de Djamel, le frère. Après la mort du père, il a repris les rênes de la famille, la mère ne dit rien, laisse faire, trop occupée à cuisiner et à pardonner. Nadia sent que son frère rejoint des préceptes bien éloignés de l’idéal de sa sœur, liberté et amour et surtout égalité entre homme et femme.

Djamel écoute des cassettes. Étranges paroles. Sans musiques.
Paroles de haine et de violence. Martelées plutôt que dites par des prédicateurs aux accents passionnés et incendiaires.

Et c’est sans compter cet été que tout bouleversera. Ça commence par un regard et puis des rêves étranges et tellement déstabilisants pour une jeune fille de 18 ans. Il s’appelle Karim. Leurs rencontres sont secrètes et empreintes de douceurs et de pudeur. Puis, les corps répondent au désir. C’est si beau que Nadia n’en revient pas. Elle touche du bout des lèvres un bonheur qu’elle ne semblait pas digne de recevoir.

Pourtant il semblerait que ce bonheur ne puisse continuer.

Lu en un peu plus de deux heures et presque sous apnée. Une fois terminé, ce livre m’a accompagné pendant un bon moment, non pas le livre mais Nadia. Ce personnage est authentique et magnifiquement dépeint par Maïssa Bey.  

Cette jeunesse algérienne qui semble vouloir se libérer des affres de son passé et qui s’engouffre dans quelque chose de plus noir encore. 

Pendant ces courts chapitres où peu de dialogues sont présents, j’ai été soufflée par la force de Nadia et sa volonté de se construire malgré les diktats et les règles imposées. J’ai été subjuguée par l’écriture si économe mais tellement forte. J’ai été séduite par Karim et trahie aussi. J’ai presque pleuré avec elle. J’ai voulu plonger mes pieds dans la mer, celle qui rassure, celle qui donne de l’espoir. J’ai espéré que la mère changerait, qu’elle ouvrirait les yeux sur ses enfants et leur détresse. J’ai souffert avec Nadia jusqu’à la dernière ligne.

 Maïssa Bey a réussi, tout comme Jeanne Benameur un peu avant, à me charmer avec ses mots et ses personnages douloureusement beaux. Elle vient d’entrer dans ma liste d’auteurs à suivre. 

Il suffit simplement  de se dire que l’amour… et de le croire très fort, de fermer les yeux en serrant les paupières. Mais déjà, déjà dans le mot amour, il y a presque toutes les lettres de la mort.

– Au commencement était la mer de Maïssa Bey, Édition de l’Aube, 2016, 172 pages-

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