Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby 

Rien ne manque. Rien n’excède. Tout suffit.

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Les premiers mots

Mathilde Blanc traverse le cadre des fenêtres. Elle disparait, chaque fois plus lente, à la façon d’un automate en fin de course. Elle s’arrête, à cause de l’arthrose. De l’effroi. Elle regarde la ruine autour d’elle. La glaise et la poussière à la pointe de ses chaussures. Son père est mort il y a cinquante ans jour pour jour, le 1er juillet 1962. Elle a voulu ce pélerinage dans le théâtre de la maladie, et aussi du plus grand amour; mais du sanatorium d’Aincourt il ne reste rien.

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Des hommes – Laurent Mauvignier 

Je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait qu’il est trop tard.

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Les premiers mots

          Il était plus d’une heure moins le quart de l’après-midi, et il a été surpris que tous les regards ne lui tombent pas dessus, qu’on ne montre pas d’étonnement parce que lui aussi avait fait des efforts, qu’il portait une veste et un pantalon assortis, une chemise blanche et l’une de ces cravates en Skaï comme il s’en faisait il y a vingt ans et qu’on trouve encore dans les solderies.
Aujourd’hui, on dira qu’il ne sentait pas trop mauvais. On n’ironisera pas sur le fait qu’il viendra manger à l’œil et que pour une fois il n’aura pas à faire semblant d’arriver à l’improviste. On l’appellera Feu-de-Bois comme depuis des années, et certains se souviendront qu’il a un vrai prénom sous la crasse et l’odeur de vin, sous la négligence de ses soixante-trois ans.

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Rêves de garçons – Laura Kasischke 

Je n’étais pas le centre de l’univers.
Mais je l’étais quand même un peu.

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Les premiers mots

La Mustang rouge, pareille à une idée fugace et brillante qu’on aurait trempée dans du sang, fonçait entre deux murs de pins blancs qui s’étiraient loin devant à perte de vue, et loin derrière, dans les limites du rétroviseur.
Je conduisais.
Cette petite voiture était la mienne.
Je m’appelle Kristy Sweetland. À l’époque, j’avais dix-sept ans, et il me semblait qu’on avait ouvert cette route à travers la forêt de Blanc Cœur rien que pour moi.

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Quelques minutes après minuit – Patrick Ness 

Je ne me déplace pas souvent, mon garçon. Uniquement pour des questions de vie ou de mort. Je m’attends donc à ce qu’on m’écoute.

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Les premiers mots

Le monstre apparut juste après minuit.
Comme tous les monstres.

Conor était réveillé.
Il venait de faire un cauchemar. Enfin, pas un cauchemar. Le cauchemar. Celui qui faisait très souvent ces derniers temps. Celui avec les ténèbres et le vent et le hurlement. Celui avec les mains qui glissent des siennes, malgré tous ses efforts pour les cramponner. Celui qui se terminait tout le temps par…

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