Jusqu’en Sibérie – Per Petterson

Et puis je serai dans le train, et je regarderai par la fenêtre, et je parlerai avec des gens que je ne connais pas, et ils me raconteront comment ils vivent et ce qu’ils pensent, et ils me demanderont pourquoi j’ai fait ce long voyage depuis le Danemark.

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Résumé: « Petterson nous propose une figure de femme au caractère bien trempé, d’une féminité atypique et d’une intégrité admirable. Elle est vulnérable et sensuelle comme les chevaux peuvent l’être… C’est dans le milieu de la classe ouvrière danoise que grandit la narratrice – un milieu où il n’y a pas de place pour les rêves et les transgressions. Ne restent que des instants. Et Petterson excelle à mettre en lumière ces instants décisifs qui accompagnent les êtres humains tout au long de leur vie. Non pas parce qu’ils sont dramatiques, mais parce qu’ils révèlent un être humain, à un moment précis et pour toujours. »

Les premiers mots

Quand j’étais petite, sept ans ou même avant, j’avais toujours peur quand on passait devant les lions en sortant de la ville. J’étais sûre que Lucifer ressentait la même chose que moi, car à cet endroit précis il se mettait à trotter plus vite, mais bien plus tard j’ai compris que c’était parce que mon grand-père lui donnait un bon coup de fouet au moment où nous entamions le bout de chemin qui descendait en pente douce devant l’allée des lions, et  ça c’était parce que grand-père était un homme impatient. Ça tout le monde le savait.

De cet auteur norvégien, j’avais lu « Je refuse« un magnifique roman sur une amitié masculine tout en mélancolie et en émotion. Et quand j’ai repéré ce livre dans un rayon d’un magasin de seconde main, je l’ai directement pris, il faut dire que le résumé me parlait beaucoup:  une figure féminine forte et une histoire se situant au Danemark. (Et puis, cette couverture avec un si beau tableau de Vilhelm Hammershøi, peintre danois.)

Je ne vous cacherais pas que le début de cette lecture a été laborieux. Une écriture exclusivement au présent, une héroïne sans prénom, une atmosphère assez pesante, tous ces éléments ont hélas freiné ma lecture. Mais je me suis accrochée et je vous livre mes impressions.

On rencontre la narratrice enfant, sur une carriole avec son frère aîné, Jesper. Et dès les premières lignes, le lien qui les unit est instauré.

Je finissais toujours par prendre le parti de mon frère, car sans lui je ne pouvais pas vivre.

Le père, Magnus, menuisier par défaut, la mère, Inge, bigote et chanteuse de cantiques et leurs deux enfants vivent près d’un port au Danemark entre les deux guerres. Jesper a de grandes aspirations, il rêve de partir combattre Franco quant à sa sœur, elle songe à la Sibérie et à se laisser bercer par le Transsibérien. C’est une élève brillante, presque la meilleure de la classe, cependant, pour aider ses parents, elle devra renoncer à l’école. Et puis, c’est la guerre qui commence. D’abord de loin et ensuite de plus en plus proche. Les soldats arpentent les rues, les couvre-feux sont instaurés, la vie commence à changer. Les années passent et Jesper, devenu résistant, peut enfin partir et rejoint le Maroc. La narratrice, elle, reste. Les moyens de communications ne lui permettent pas de garder le contact et elle aspire toujours à le revoir. Elle essaie de penser à sa vie et voyage à Stockholm, en Norvège, survit grâce à de petits boulots. Et enfin, elle revient au Danemark. On sent que la narratrice n’a qu’une envie, partir de cette atmosphère pesante et ses voyages seront pour elle un moyen de se trouver, de retrouver des émotions pures qui ont été enfouies par des parents dépressifs prisonniers d’histoires familiales tragiques.

J’exécute une danse si secrète que personne d’autre ne peut la comprendre, j’exécute une danse pour me souvenir de mon corps à ce moment précis. J’ai dix-sept ans, et j’exécute une danse lente pour  que demeure en moi l’image de celle que je suis.

Ces épisodes sont racontés comme des souvenirs, des instants de vie qui alternent entre une banalité des moments (les baignades avec les amies), de la violence (les menaces des soldats), de l’amour (la découverte des baisers et du corps). On découvre la narratrice et son frère, jeunes enfants, insouciants, et peu à peu, au fil des événements, on les surprend à être moins rêveurs, plus terre-à-terre et révolutionnaires à leur manière. Le roman atteint alors une certaine intensité que j’ai appréciée. Pour être totalement conquise, il aurait fallu qu’elle soit instaurée depuis le début…

C’est un roman d’apprentissage que nous offre Per Petterson. L’histoire d’une jeune fille soudée à son frère et qui en l’absence de celui-ci doit pouvoir se construire. Il faut se laisser porter par tous leurs instants, se balader avec cette fille et son frère dans leurs vies et leurs réflexions. 

Si vous aimez les romans lents, basés sur des descriptions, des introspections des personnages, « Jusqu’en Sibérie » pourrait vous plaire.

 – Jusqu’en Sibérie de Per Petterson, Edition Circé, 2002, 236 pages.- 

Hé! Ce livre est le troisième du challenge de la coupe d’Europe des Livres!

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10 réflexions sur “Jusqu’en Sibérie – Per Petterson

  1. celina dit :

    Le titre et la couverture (très belle effectivement), ainsi que l’éditeur me tentent beaucoup, je pense que comme toi j’aurai pris ce livre. D’autant plus que l’auteur avait connu un joli succès avec  » Pas facile de voler des chevaux » (pas lu malheureusement).

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  2. flyingelectra dit :

    son nom m’est familier – très belle couverture en plus. Ton article donne envie d’aller voir plus loin ! ici pause après une nouvelle histoire et plein d’achats les librairies québécoises sont dangereuses 🙂

    Aimé par 1 personne

    • lespagesversicolores dit :

      Oh oui « Je refuse » a aussi été un réel coup de cœur, tellement vrai et beau.
      Je n’ai pas été déçue mais j’ai été beaucoup touchée par celui-ci que par le précédent. En même temps, « Jusqu’en Sibérie » est un de ses premiers romans 😉

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  3. flyingelectra dit :

    Mais oui ! J’ai pensé à ce titre Je refuse mais la couverture et l’histoire semblaient trop différentes ! 😀 je me réveille car chambre devenue antre de jeux pour 5 chats ! Plein … J’ose pas le dire !! Tu vas halluciner je crois !

    Aimé par 1 personne

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