Le premier qui pleure a perdu – Scherman Alexie

Que dit-on aux gens quand ils vous demandent ce que ça fait de tout perdre? Quand toutes les planètes de votre système solaire ont explosé?

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Résumé: « Vous savez ce qui arrive aux gogols sur la réserve? On se fait tabasser. Au moins, une fois par mois. Eh ouais, je fais partie du Club du Coquard du Mois… » Le garçon qui parle ainsi est Junior, un indien Spokane. Né tout cassé, tout tordu, il accumule les handicaps: myope, maigre et premier de la classe. En vrai, Junior est drôle et assez lucide pour savoir qu’il n’aura aucun avenir s’il reste avec les siens. Il décide alors d’aller à l’école des Blancs, voir ailleurs s’il y est. Admis au prestigieux lycée de Reardan, Junior quitte la réserve. Comme il est né. En éternel optimiste.

Les premiers mots

Je suis né avec de l’eau sur la tête.
Bon d’accord, ce n’est pas tout à fait vrai. En fait, je suis né avec trop de liquide céphalo-rachidien à l’intérieur du crâne.

Attention coup de <3!

Je ne sais pas si je dois remercier Marie-Claude ou Electra, ou les deux, pour avoir mentionné ce livre. Sans elles, je serais passée à côté d’un roman original et drôle. Je n’avais pas ressenti autant d’émotions pour un livre d’adolescent depuis « Eleanor and Park » et « Pas Raccord ». 

(D’ailleurs, ayant loué ce livre à la bibliothèque, j’enrage un peu de ne pas l’avoir et je pense me l’offrir.) (C’est chouette d’emprunter des livres et de se les acheter après!) (C’est fini les parenthèses oui?!)

Junior, le héros, c’est lui : 

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En tout cas c’est comme ça qu’il se représente. Et dès les premières pages, ce héros à la tête un peu plus grosse que la moyenne, myope, maigre et intello m’a tapé dans l’œil. Et ce n’est pas tout: son franc-parler a fait fonctionner mes zygomatiques à vive allure.

Si vous avez quatorze ans, comme moi, et que vous zozotez et bégayez encore, vous devenez le plus grand gogol du monde.

Ce que j’attendais avec le plus d’impatience, c’était le premier cours de géométrie. Eh ouais, je dois reconnaître que les triangles isocèles me donnent carrément des poussées d’hormones.

« Le premier qui pleure a perdu » est un roman initiatique d’un jeune indien issu d’une réserve, qui la quitte pour intégrer un lycée de Blancs. Cette décision est lourde de conséquences: son meilleur ami ne comprend pas ce choix et lui en veut terriblement, les autres indiens de la réserve le considèrent dorénavant comme ennemi public n*1 et pour couronner le tout, Junior a du mal à s’intégrer dans son nouveau lycée. 

Pourtant il sait qu’il a eu raison. Dans cette réserve, celle de Spokane, comme dans d’autres, les habitants sont condamnés au chômage, à l’alcoolisme et à la violence. Son père est lui-même alcoolique et sa sœur a arrêté l’école. Ses parents sont pauvres, très pauvres. Même pas capables de payer un vétérinaire pour le chien. Même pas capables de mettre de l’essence. Mais Junior est « habitué » à cette pauvreté. « Mes parents sont issus de gens pauvres, qui sont issus de gens pauvres, qui sont issus de gens pauvres, et cela remonte ainsi de suite jusqu’aux tout premiers pauvres.« 

Arrivé à Reardan, Junior se fait vite remarquer comme le seul indien de l’école. Mais sa ténacité et son humour a toute épreuve vont lui permettre de s’en sortir et de se faire de nouvelles relations. Étranges mais nécessaires pour qu’il ne sombre pas.  Il y rencontre Penelope, une fille tellement belle mais boulimique, Gordy, un autre élève intello et très bizarre et puis Roger. Ces personnes vont le pousser à se dépasser et à croire en lui.  De plus son talent pour le basket va lui permettre d’intégrer l’équipe du lycée.

Gordy : il faut approcher chaque livre – approcher la vie – avec la vraie possibilité d’avoir une trique métaphorique à tout moment.

Il croit en ses rêves et espère que sa sœur ou tout autre indien de sa réserve fera de même. Et justement, Mary, son aînée, quitte la réserve pour se marier. Bon, ce n’était le projet de ses parents, mais pour Junior, elle a eu raison. Elle vit sa vie. 

Mais j’avais toujours pensé que l’esprit de ma sœur n’avait pas été tué. Elle n’avait pas renoncé. Cette réserve avait essayé de l’étouffer, l’avait prise au piège dans un sous-sol, et voilà qu’elle sillonnait les vastes prairies du Montana. Trop cool!

Une autre personne importante dans sa vie qui et la seule de la réserve à approuver son choix est sa grand-mère, la « personne la plus tolérante » du monde.

La force de ce roman est le point de vue de Junior. Il aborde des sujets au combien délicats avec humour et un détachement qui permet de ne pas le plaindre sans cesse : pauvreté, handicap, différence, boulimie, violence, alcoolisme, solitude, intégration, deuil… les thèmes étaient assez difficiles pour être tous assemblés dans un roman pour adolescent mais ici, tout roule, tout fonctionne.  Même quand le roman bascule dans le tragique…

Le roman est ponctué de dessins de Junior tout aussi hilarants les uns des autres ainsi que de phrases douces-amères.

Avant, je croyais que le monde se divisait en tribus (…). En noir et blanc. En indien et blanc. Mais je sais à présent que ce n’est pas vrai. Le monde n’est divisé qu’en deux tribus: ceux qui sont des enfoirés et ceux qui n’en sont pas.

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Un livre à lire, à relire. D’ailleurs, il rentre tout à fait dans la catégorie « Un livre dont tu détestes la couverture »du Challenge littéraire 2016 de Mille vies en une.

(Et j’avoue que mon challenge de la Coupe d’Europe des livres n’avance pas des masses….)

 – Le premier qui pleure a perdu de Sherman Alexie, Edition Albin Michel, Collection Wiz, 2008, 281 pages.- 

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10 réflexions sur “Le premier qui pleure a perdu – Scherman Alexie

  1. flyingelectra dit :

    coucou ! de chez Marie-Claude ! une petite pause lecture ce soir (j’ai dormi 4h hier..), bref j’espère tuer ce fameux jetlag. En attendant, je savoure ton billet et je suis ravie que tu aies aimé ce roman, et le plus drôle ? aujourd’hui j’ai acheté un recueil de nouvelles de ce cher Alexie et Marie-Claude aussi (un roman?)
    voilà ! Ici il fait chaud, et les expressions québécoises sont très sympas ! En tout cas ravie de voir que tu as aimé ce roman (et comme toi, je les veux chez moi en permanence) 🙂

    Aimé par 1 personne

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